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Leo Strauss (01) : Ouverture d'un débat Leo Strauss |
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Philosophie politique
On prête aujourd'hui une influence majeure à la pensée de Leo Strauss sur la droite américaine au pouvoir et sur les neo-cons (neo conservatives) en général. Plusieurs intervenants se sont déjà exprimés sur indymedia et tout le monde a lu le texte d'Algarath (Oulala) qui en résume l'interprétation droitière. Certains spécialistes contestent toutefois la fiabilité "scientifique" de cette interprétation. Chacun comprend qu'il y a là deux problèmes sans doute différents : Ceux qui ont des lumières sur le sujet et veulent apporter leur contribution dans un sens ou dans un autre seraient pour nous les bienvenus. Merci. *************************** ENA, ANTI ENA, OCSENA, c'est le "motto" de l'Ocséna ***************************** Ocsena, Organisation contre le système-ENA... (et pour la démocratie avancée) |
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Pour éviter des réactions éventuelles d'impatience (ou d'on ne sait quoi, voir celle du 8 09 05), nous signalons au lecteur motivé que le dossier Leo Strauss ici ouvert comporte dès à présent en date du 9 septembre 2005 les lectures suivantes faites de première main à chercher bien entendu plus avant :
Leo Strauss (06) Lecture de Droit naturel et Histoire
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (07)" Lecture de De la Tyrannie"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (08) Lecture de "Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (09) Lecture de "Nihilisme et Politique"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (10) Lecture de "La Persécution et l'art d'écrire"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (11) Lecture de "Qu'est-ce que la philosophie politique ?"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (12) Lecture de "Le Libéralisme antique et moderne"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Alain Serge Clary
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AVERTISSEMENT COMPLEMENTAIRE
Pour vous y retrouver un peu dans le dossier Leo Strauss, voir à la rubrique "CAFE PHILO" dans le menu Ocséna.
Ici vous êtes plutôt dans les "minutes" du dossier tel qu'il s'est fait pas à pas.
Et que c'est pas fini !
Neo-cons
Naturellement il y a tout ce néo-conservatisme américain, avec les analystes de ce mouvement, qui se réfèrent explicitement à Leo Strauss :
http://www.repid.com/article.php3 ?i...
http://www.politiqueinternationale....
http://www.u-blog.net/lafronde/arti...
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NB : On notera que Forums penseurs.org suit le débat : http://forums.penseurs.org
Message reçu d'un aimable correspondant sur indy Lille :
Leo Strauss and Albert Wohlstetter http://stopimperialism.be/Strauss__...
1. Y a -t-il chez Strauss cet élitisme forcené de la philosophie que d'aucuns lui prêtent ?
2. Y a-t-il une conception totalement cynique de la gouvernance ?
3. Y a-t-il dérision de la démocratie et mépris souverain du peuple ?
Est-ce dans Strauss ? Est-ce dans les straussiens ? Est-ce la nouvelle coquetterie des dirigeants, pas nouvelle mais active et impudante ?.
Très franchement je ne connais pas l'œuvre de Leo Strauss, mais j'en connais la substance qui me parait être du n'importe quoi. Toutes ces théories sur les néo-cons [d'ailleurs, pourquoi "néos" ? comme s'ils avaient cessé d'exister à un moment donné] c'est extrêmement trompeur.
Cette théorie de courants qui tirent les ficelles a fait les choux gras de nombreux écrivaillons qui préfèrent de loin les écrits tapageurs à l'honnêteté intellectuelle. Chacun y a été de son couplet. C'est tantôt les nazis qui sont derrière, tantôt les juifs, tantôt les extraterrestres, tantôt des agences secrètes… alors qu'au final, le problème est simple : il ne s'agit ni plus ni moins que d'une mafia - tout à fait classique dans son mode de fonctionnement - qui n'obéit qu'à ses propres intérêts dans le but d'asseoir toujours plus son pouvoir et son hégémonie en utilisant bien sûr l'argent comme moteur de développement pour la réalisation de ses desseins destructeurs. Plutôt que de lire encore un énième bouquin sensation, je préfère opter pour une lecture plus cartésienne du sujet et inviter cordialement tous les opprimés à se révolter, énergiquement s'il le faut, contre cette mafia politico/financière qui puise ses racines dans tous les maux de la planète.
M.L
Le commentaire suivant sur indymedia Paris :
Cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Leo_Strauss
il peut être utile d'y jeter un coup d'oeil.
le 28
Wikipedia est assurément une excellente introduction et une vraie table d'orientation.
Pour les plus courageux il suffit par ailleurs de taper Leo Strauss sur Google pour avoir du grain à moudre au risque de se perdre.
Il me semble qu'une des introductions les plus récentes (et complète) sur le fond de l'oeuvre straussienne c'est le livre de Daniel Tanguay, "Leo Strauss/ Une biographie intellectuelle" publié l'an dernier chez Grasset.
Kelv
On voit que Leo Strauss cristallise, à tort ou à raison, une certaine pensée de droite,
on ne voit pas qu'il cristallise un courant de gauche.
Débat Leo Strauss / Synthèse-cloture de l'étape 1 / Observations
Peut-on clore l'étape 1, celle de "l'approche externe" de Leo Strauss que nous venons tant bien que mal de nourrir ?
Avant d'aborder (si on le peut) l'oeuvre de Strauss elle-même, nous avons réuni sur le site ocséna un certain nombre de "papiers", d'infos, d'appréciations diverses, parfois contradictoires, la concernant et concernant plus nettement encore le contexte américain "neo cons" où elle paraît sensiblement s'inscrire,
il nous serait précieux que quelqu'un veuille bien parmi nous tenter une petite synthèse de cette "approche externe" pour nous dire ce qu'il en a retenu.
Toute observation même rapide serait aussi bien sûr utile.
Ouverture d'un débat sur Leo Strauss (2ème appel)
Le 29 mai, Ocsena ouvrait ici même un débat sur "l'affaire" Leo Strauss, ce penseur classé par les uns fortement à droite et supposé animer la pensée des faucons américains au pouvoir, dont d'autres analystes estiment en revanche que la pensée a été largement voire totalement dévoyée et trahie.
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Les premiers résultats sont à cette heure les suivants :
Les spécialistes de la question se montrent rares et ce débat aride a recueilli pour le moment quelques centaines de visiteurs certes mais peu de commentaires, on en retrouvera la teneur sur le site Ocséna, avec des liens et un début de table d'orientation très utile pour les plus courageux d'entre nous.
Pourquoi ce débat ? Le neo-libéralisme et la pensée conservatrice en général nous paraissent s'être organisés depuis 20 ans de la manière la plus efficace. Non seulement elles "tiennent" les medias, non seulement elles se donnent des institutions (pensons accessoirement à la Fondation UMP qui vient de se créer), mais elles se "théorisent" et se donnent du signe, de la modernité, du "in".
Face à ce mouvement, l'altermondialisme fait front comme on sait et s'étoffe de façon dynamique avec des leaders d'opinion souvent talentueux. A tort cependant, le front social apparaît comme un front plus moral que théorique malgré le travail considérable consenti sur ce point par le Monde diplomatique.
L'enquête sur Leo Strauss que nous avons ouverte n'a donc pas qu'une finalité purement intello et philosophique, elle concerne aussi l'ordre des forces en présence et leurs stratégies. Les grands mouvements sociopolitiques réussissent, nous semble-il, en se groupant aussi derrière des idées et des théories élaborées.
C'est dire que le débat sur Leo Strauss ne fait pour nous que commencer, l'enjeu est plus que celui d'un homme et d'un philosophe. Il appelle à considérer nos propres forces et faiblesses et la manière dont se font les grandes impulsions.
On vous attend sur tout cela, vous êtes toujours les bienvenus.
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ENA, ANTI ENA, OCSENA, c'est le "motto" de l'Ocséna
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Ocsena, Organisation contre le système-ENA... (et pour la démocratie avancée)
http://ocsena.ouvaton.org
mail ocsena.org@wanadoo.fr
Signé ASC à Ocséna
Info rapide : Qui est à ce stade, tant bien que mal, concerné par le présent débat sur Leo Strauss ?
L'ouverture du débat a été postée outre ocséna sur les sites d'open publishing d'indymedia Paris, Lille, Marseille, Nice. Egalement sur celui de Penseurs.org.
Le gros de la e-presse alternative en a été aussi informé, de même que la grande presse parisienne et régionale. Un certain nombre de sites philosophiques, de revues, ou de centres de recherche philosophique l'a été en France et à l'étranger.
Diverses personnalités éventuellement "touchables" par le débat ont été prévenues pour des raisons d'élémentaire courtoisie. Nous les remercions pour l'aimable disponibilité qu'elles ont bien voulu nous manifester.
Chacun aura compris que la démarche adoptée ici n'est pas celle d'un enseignement dispensateur d'un savoir sur le sujet mais celle d'une démarche de découverte menée si possible en commun.
Nous prenons bien volontiers tout info utile et tout observation qu'on voudra bien nous communiquer. Associez-vous à notre recherche.
Alain Serge Clary pour Ocséna
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Un commentaire de "Guido", sur indy Lille, évoque l'accusation de fascisme proférée par Lyndon Larouche à l'encontre de Leo Strauss. (Et la même accusation de fascisme qui revient, note-il, sur Larouche lui-même à suivre certains sites).
Nous appellerons "Complot synarchiste", la thèse développée par Larouche contre Strauss. Elle renvoie à l'idée d'un réseau ultra-élitaire, ramifié et solidaire, puissant, de politiques, décideurs, banquiers, etc. (dont les fins seraient en vérité fort peu démocratiques) qui se serait établi il y a de nombreuses décennies en Europe et dont Kojève et Strauss, qui ont eu d'étroites relations comme on sait, auraient été membres en leur temps.
Pour l'heure nous n'avons, confessons-le, aucune compétence historique pour juger de la réalité du synarchisme, et de l'implication des deux philosophes désignés.
Nous n'avons accessoirement aucune compétence non plus pour vous parler de façon valide de la personnalité de Lyndon Larouche, candidat en quelque sorte perpétuel à la présidence américaine, lequel se présente lui-même comme un démocrate de gauche, appartenant au Mouvement des droits de l'homme de Martin Luther King, et militant pour la cause de l'Afrique et son "désenclavement".
NB : On s'en souvient Larouche est représenté en France par Jacques Cheminade, qui a été candidat à l'élection présidentielle française en 1995.
Pour en savoir plus, en tout cas, sur le "Complot synarchiste", sur lequel nous n'avons pas le moyen technique de rebondir ainsi que nous disions, chacun pourra par lui-même visiter les textes et sites suivants et se faire son opinion.
http://solidariteetprogres.online.f...
http://www.larouchepub.com/other/20...
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Sur Indy Paris, "LS" nous rappelle l'importance majeure de Shadia B. Drury dans le débat : "la formidable réflexion, écrit-il, menée par elle sur Strauss et les applications américaines de sa philosophie"
Bien entendu, nous allions en venir à Shadia B. Drury (déja fortement citée sur le site de M. Rochet supra). Nous la gardions, si l'on peut dire, pour la bonne bouche. Shadia B. Drury est l'interprète "dure" et à succès de la pensée de Leo Strauss, celle qui dénonce "le mouvement faucon" américain où selon elle il s'inscrirait. Le texte d'Algarath, donné également plus haut dans notre appel, se situe nous semble-t-il dans le droit fil de la lecture sévère et "droitière" que fait Shadia B. Drury de Leo Strauss.
Nous allons tout de suite après (voir commentaire suivant), qualifier de "lecture ésotérique" de Leo Strauss l'interprétation de Shadia B. Drury, tandis que nous appellerons "lecture exotérique" celle que produit Daniel Tanguay plus haut cité aussi (voir donc nos explications à venir).
Voici le site de Shadia B. Drury : http://www.uregina.ca/arts/CRC/
2°/ Etape 2 : Approche "interne" (lecture) de Leo Strauss
Notre étape 1 s'achève, "l'externe", celle qui s'appuyait sur une rapide recension de ce qui a pu être écrit sur lui. Quel est notre sentiment à ce point par rapport au problème de départ qui était de savoir, je le rappelle, s'il y avait un gentil et un méchant Leo Strauss, un vrai Strauss et un, complètement facho, affabulé ?
Nous avons le sentiment qu'il existe probablement une interprétation, ou "réelle et légitime" ou "récupérée", très droitière et "neo cons" de Leo Strauss, sur la base d'une école ou une filière de Chicago constituée par quelques uns de ses anciens doctorants aujourd'hui placés à des postes de responsablilité dans "l'administration" américaine. Bien entendu ce "pré-sentiment" aura lui-même à prouver sa validité ultérieurement.
Nous n'excluons nullement dans le même temps que l'affaire Leo Strauss soit aussi largement journalistique et constituée par des amalgames superficiels de noms, d'idées et de complots douteux qui nous feraient remonter -pourquoi pas- au mystère des templiers si on se laissait aller (il faudra trier là-dedans)
Observons toutefois que ces deux hypothèses, la sombre d'une part et la "people" extravagante d'autre part ne sont nullement exclusives, la fantaisie de la dernière n'invalide pas forcément la précédente.
On comprend toutefois que la fille de Leo Strauss et les tenants d'un Leo Strauss modéré/purement philosophe ne se satisfassent pas de cette observation. Nous, présentement, nous sommes encore en recherche, c'est là notre excuse.
Mais alors, bon sang ! que dit donc réellement Leo Strauss ? Que ne le lit-on pour le savoir ! ?
C'est ce que nous allons essayer de faire ensemble, en partie du moins et avec sérieux.
L'ennui, l'ennui, justement, avec Leo Strauss c'est de savoir si on peut le lire de manière univoque et sans malentendu ?
Leon Strauss a en effet pour principe d'écriture possible -il nous en prévient- le voilement, le cryptage, l'art ésotérique d'écrire puisé à de lointains maîtres. Leo Strauss n'exclut pas pour son compte la dissociation platonicienne entre discours exotérique pour le commun et discours ésotérique, confidentiel, secret, pour les happy few que sont les proches initiés.
Il devient dans ces conditions crédible qu'il puisse y avoir selon l'endroit d'où l'on regarde, la façon dont l'on regarde et la matière que l'on reçoit., deux Leo Strauss passablement différents, au moins en terme d'intensité.
C'est donc, à tort ou à raison, sous l'hypothèque de cette ambiguïté que nous allons aborder notre auteur. Considérons que comme les deux sources de la Loire, il y a peut-être deux Leo Strauss, le véritable et l'authentique, l'un qui se lit dans le texte à la ligne, l'autre plus difficile qui se lirait entre les lignes.
Nous croyons a priori à la parfaite compétence et honnêteté des experts empruntant ce qui serait l'une et l'autre voie, l'exotérique d'un côté, l'ésotérique de l'autre. Qu'ils veuillent bien nous le pardonner provisoirement, mais nous classerions bien, ne serait-ce que pour des raisons de facilité didactique, les experts de la manière suivante :
1° dans les interprètes de la voie dure, difficile, ésotérique, politique, Shadia Drury par exemple dont nous vous avons déjà donné le site
http://www.uregina.ca/arts/CRC/
et qui vient fort aimablement d'appeler notre attention sur le texte éclairant suivant :
http://www.uregina.ca/arts/CRC/pdf/...
2° dans les interprètes de la voie "normale", modérée, philosophique, exotérique, nous placerons Daniel Tanguay par exemple, dont le récent Leo Strauss est la seule synthèse disponible actuellement en français.
Avant que de lire Strauss lui-même dans ses oeuvres, nous allons commencer par cet utile travail de présentation de Daniel Tanguay en partant du principe qu'une lecture normale, exotérique, qui croit simplement à ce qu'elle lit tel qu'elle le lit, doit être plus facile que la lecture d'un texte supposément chiffré. Nous remettrons à un parcours plus tardif, quand nous serons plus aguerris la lecture codée, s'il y en a une de Leo Strauss.
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Lecture de "Leo Strauss. Une biographie intellectuelle", par Daniel Tanguay, chez Grasset. Parler de facilité est d'ailleurs quelque peu optimiste, l'oeuvre de Leo Strauss même prédigérée pour nous n'est pas sans difficultés ou obscurités parfois, elle est surtout peu banale, pas ultra-divertissante pour un lecteur non franchement averti de l'histoire de la philo et qui est plus familier des romans policiers. Nous allons avoir l'occasion de reparler du Strauss de Tanguay, les plus courageux peuvent dès à présent disposer de l'introduction pour se mettre dans l'ambiance de la chose, le problème théologico-politique va d'entrée vous passionner :
http://www.grasset.fr/chapitres/ch_...
A suivre...
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Lecture de Daniel Tanguay, "Leo Strauss - Une biographie intellectuelle" : L'introduction
Cf. : http://www.parutions.com/pages/1-4-...
http://www.fnac.com/Shelf/article.a...
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L'introduction
Rappel http://www.grasset.fr/chapitres/ch_...
1. Daniel Tanguay nous y rappelle utilement l'intérêt qui se porte sur Leo Strauss depuis une vingtaine d'années (C'est bien pour ça qu'on ambitionne de l'étudier ici entre nous attentivement).
Strauss commentateur de philosophes (surtout anciens) en défense (Maïmonide, Farabi, Platon, Machiavel) comme à charge (Spinoza, Hobbes, Heidegger), Strauss a-t-il une pensée en propre : Oui, répond Tanguay.
2. Il nous rappelle les grands traits de la pensée de Strauss et nous met à cet égard dans le bain (grâce à lui, on ne va peut-être pas se noyer, mais force est de dire que c'est quelque chose ! En tout cas, faut choisir : Strauss c'est pas du Titeuf !) :
2.1 Critique de la "modernité" (notamment critique du positivisme et de l'historicisme).
2.2 Critique du droit naturel moderne (L'individualisme dans les droits de l'Homme) et restauration d'une conception platonicienne du droit naturel. Un aspect pivot de sa pensée.
2.3 L'art ésotérique d'écrire (Pas de désespoir, Tanguay pense qu'il est peut-être posible de déchiffrer Strauss avec un peu d'attention)
2.4 Et la préoccupation centrale de Strauss, le problème théologico-politique : religion et politique, religion et pensée philosophique.
2.5 Ajoutons à cela une véritable "conversion" farabienne de Strauss à la PHILOSOPHIE. (Philosophie essentiellement zététique, c'est à dire plus de programme et de recherche que de "savoir" abouti. Zététique : Voir ce mot dans wikipedia).
3. Ce que Strauss n'est pas, d'après Tanguay
Malgré le tropisme de Strauss pour les lectures -relectures/réinterprétations en vérité- des anciens, Strauss n'est pas un nostalgique, Strauss n'est pas un orthodoxe religieux, Strauss n'est pas un passéiste, Strauss n'est pas un intégriste.
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A SUIVRE / Prochaine contribution : Structure du bouquin de Tanguay + Chapitre 1.
Tanguay, structure et chapitre 1er
Quelques textes à lire en complément avant ou après :
1° Article du Monde (15 04 03) : "Le stratège et le philosophe", par Alain Frachon et Daniel Vernet http://www.franceradicale.org/bushs...
2° "Gouverner par le bien commun". Une note de lecture sur Claude Rochet, par Denis Collin (2 11 01) http://perso.wanadoo.fr/denis.colli...
3° Leo STRAUSS, extrait de l'article de l'Encyclopedia Universalis http://membres.lycos.fr/styx/strauss.doc
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1. Structure
En dehors de l'introduction et de la conclusion, il n'y a que 4 chapitres à ce livre de Daniel Tanguay
I Sionisme, orthodoxie et critique spinoziste de la religion
II Prophète et philosophe
III Le problème théologico-politique au regard du droit naturel ancien et moderne
IV Le conflit d'Athènes et de Jérusalem
On sent malgré tout qu'avec ces seuls têtes de chapitres on n'est pas là pour rigoler et que sur les 338 pages de l'ouvrage il va y avoir plein d'analyses et de rebondissements. Certes toutes ces têtes de chapitre ne nous intéressent pas de manière égale, mais vu le but de découverte générale de l'oeuvre de Strauss qui nous guide, il ne paraît pas ici possible d'en faire l'économie.
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2. Chapitre premier
Que quelqu'un puisse développer un intérêt aussi "impliqué" pour Spinoza (le Traité théologico-politique) que le fait Strauss au début de sa carrière en étonnera sans doute plus d'un aujourd'hui. On retiendra que ce sont autour de 1920, les "années de formation" du jeune Strauss dans une république de Weimar qui, quoique libérale de façon appréciable, ne va pas sans problèmes. La condition juive le préoccupe naturellement.
A cette époque ainsi que le dit son ami Klein, Strauss n'a que deux préoccupations, Dieu et la politique. Peut-être faut-il plutôt comprendre exactement Religion et politique. Le choix de Spinoza pour commencer sa réflexion ne saurait donc trop nous surprendre. Le Chap 1 nous met d'entrée de jeu dans un champ de préoccupations, une manière de raisonner, une phraséologie spécifiquement straussiennes.
Il est à préciser que le Strauss de Tanguay ne va tomber dans aucun intégrisme, aucune religiosité, il cherche, en vérité on ne sait trop quoi, mais il ne le trouve pas pleinement dans Spinoza, et reste sur une faim qui va être le moteur de sa pensée.
Il ne le trouve pas dans la modernité non plus. Le monde moderne s'est débarrassé de Dieu pour cause de science en partie, pour cause de succès triomphal des "lumières modernes". Il analyse à sa façon ce mouvement des Lumières et sa mécanique interne d'une manière à nulle autre semblable, c'est là qu'on est vraiment dans du Strauss.
Son analyse des lumières modernes conduit de sa part aux critiques suivantes à leur encontre :
Elles choisissent la révolte contre Dieu, contre le dieu traditionnel, ses servants, leurs fables. La haine de Dieu est le moteur de la libération des individus. Elle chassent la peur de Dieu pour la paix intérieure.
C'est aussi avec ça le choix d'un bonheur à construire ici bas, soi-même , collectivement, politiquement. Les Lumières optent pour un bonheur "épicurien".
Il y a du mythique dans ce nouveau bonheur, et il y a en tout cas du dogmatisme non avoué dans le choix nouveau des Lumières d'une rationalité totalement souveraine.
Elles gagnent contre Dieu, mais par leur propagande, leur art de la moquerie.
Tout cela s'accompagne à l'époque plus récente d'un esprit de positivisme, puis d'historicisme (voir ce mot) qui est pour Strauss -si l'on comprend bien- une sorte de refus de penser, une fausse pensée, un court-circuit sur le fond (la terminologie est de nous).
Il y a donc dans nos esprits d'aujourd'hui tout un contenu parasite d'idées infondées ou manquant de rigueur.
Il y a deux cavernes en conséquence. Nous sommes sortis de la première caverne de Platon, nous en avons créé une autre, c'est de celle-là qu'il faut à présent sortir.
Les lumières modernes, l'esprit moderne, ont réglé son compte à la religion, en action, de facto, mais pas sur le fond en pensée. Quelque chose leur ont, semble-t-il, totalement échappé. Et la Raison s'est autolégitimée soi-même, il y a un manque théorique (et un dogmatisme évoqué plus haut).
On a compris que nous traduisons en langage abordable la riche, les riches démarches si difficiles de Strauss.
Pour finir : Il semble que pour Strauss, la "question", le questionnement philosophique, le souci, la finalité philosophique y a perdu son impulsion juste, y a perdu sa justification et la vie.
Il faut donc pour Strauss revenir à un questionnement radical. Dans ce coup "foireux" des lumières modernes sur notre pensée, sur la relation Raison et Religion, il faut sortir du fourvoiement, remonter au jaillissement premier si l'on peut dire, il faut remonter avant erreur aux Anciens et aux "Lumières médiévales".
Bon courage !
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
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A SUIVRE. Chap 2, la prochaine fois
Tanguay, Leo Strauss chap. 2
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Et à lire, avant ou après
Qui est Leo Strauss ? par Olivier Berrichon-Seyden http://www.google.fr/search ?q=cache :BiKxuIBqmeQJ :www.discip.crdp.ac-caen.fr/philosophie/archives/leo_strauss.htm+leo+strauss,+d%C3%A9bat&hl=fr
Une autre version de Strauss. Le "fameux" article du International Herald Tribune du 15 mai 2003 par William Pfaff http://www.iht.com/articles/96307.html
Et un article de Shadia B. Drury qui ne fait pas de cadeau http://evatt.org.au/publications/papers/112.html
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Ce Chap 2 s'intitule "Prophète et philosophe" (rien moins). Il s'appuie pour l'essentiel sur les ouvrages suivants de Leo Strauss : La Philosophie et la Loi et La Persécution et l'art d'écrire.
Nous n'allons pas pouvoir donner toute la richesse de détail de ce chapitre, abrégeons et allons à l'essentiel. Lorsque Leo Strauss parle d'examiner les "Lumières médiévales" pour s'y ressourcer comprend-on, il faut entendre qu'il s'agit des Lumières juives et musulmanes. Les Lumières chrétiennes se sont installées, elles, dans une conciliation de la foi et de la raison et la philosophie est devenue servante de la théologie. Aussi curieux que cela puisse par préjugé paraître, le terrain est philosophiquement plus fructueux dans l'univers arabo-juif à condition de savoir habilement travestir le fond de sa pensée (L'art d'écrire caché). Par ailleurs, si l'Occident chrétien connaît en commun avec l'Orient Aristote, "le" philosophe, il ignore encore Platon, en tout cas celui des Lois et de La République. Le retour aux Anciens à travers les Lumières médiévales doit s'entendre chez Leo Strauss comme un retour à Socrate et Platon. Nous allons, avec Tanguay, nous en expliquer plus loin.
Selon Strauss, le représentant par excellence de ses lumières médiévales est Maïmonide. Strauss va réaliser l'exploit par rapport à l'interprétation classique de trouver dans la prophétologie de Maïmonide une interprétation purement politique qu'il convient de dégager de tout autre dimension, mystique, cognitive, métaphysique, escatologique ou autre. Le prophète est un homme exceptionnel certes, c'est un homme, ce qu'il apporte est la Loi, la loi divine politique, législative, il apporte ce qui doit souder la cité. Les hommes ont besoin de la Loi, de la Loi religieuse, pour vivre ensemble en harmonie. La Loi apportée par le prophète fonde l'Etat et la société.
"Les vérités révélées tendent à être assimilées à des vérités d'ordre purement pratiques à l'usage du peuple", nous dit Tanguay. La religion devient "un ordre politique qui vise à assurer la paix et la stabilité dans la cité".
Un temps, Strauss semble presque assimiler le prophète au roi-philosophe de Platon, il évolue cependant et tout n'est pas parfaitement clair à tout instant dans sa pensée sur le sujet. La théologie prend en tout cas dans ce contexte une dimension purement politique, où il devient indispensable de redécouvrir, hier comme aujourd'hui sans doute, l'art ésotérique d'écrire, si on veut sans pépin délivrer certaines choses.
Apparaît à ce point dans Tanguay, l'idée straussienne du "noble mensonge" à l'usage des masses. Averroès paraît pleinement admettre qu'il y a nécessité pratique quelquefois d'utiliser des histoires mensongères à l'usage des citoyens pour le bien de l'Etat mais aussi pour le bien des masses elle-mêmes. Sur le plan philosophique le problème du nécessaire mensonge est le même. "Les vérités philosophiques les plus profondes et cachée sont peut-être fort éloignées de ce qu'enseignent les religions révélées à propos du monde et de la destinée humaine".
Nulle part, Tanguay n'insinue que l'analyste philosophe Leo Strauss fait la promotion du "noble mensonge". Nulle part il ne le dément non plus. On sent qu'on est là sur un terrain délicat. On est dans le partage platonicien des plans ésotérique et exotérique.
Mais Tanguay de poser tout de même la question : "Pourquoi Strauss, qui a vécu toute sa vie dans des régimes démocratiques où la liberté d'expression est garantie, a-t-il éprouvé la nécessité d'utiliser un art d'écrire qui se justifie en partie par la peur de la persécution ?"
Les Lumières médiévales et Platon sont ésotériques. Les Lumières modernes ne l'étaient pas sans doute par surestimation, comprend-on avec Strauss, de la technologie d'une part, de la diffusion universelle du savoir d'autre part. La deuxième pomme de discorde apparaît encore ici entre Strauss et la modernité : un fait fondamental de la nature humaine c'est que les hommes sont inégaux.
L'inégalité entre les sages et le vulgaire, entre les philosophes et les non-philosophes est un fait fondamental de la nature humaine, Strauss suit en cela les Anciens qui n'avaient apparemment eux aucun doute sur la question.
Le moins toutefois qu'on puisse se dire c'est que cette observation ne pêche pas par excès démocratique. Tanguay ne se prononce pas sur ce postulat ou constat d'inégalité, sauf pour nous exposer la très haute idée que se fait Strauss de la philosophie au sens fort du mot.
Avant le philosophe toutefois, nullement méprisable mais fondamentalement différent, se place l'homme moral, le "gentleman". En parler permet de mieux cerner sans doute le philosophe. Le genleman, c'est l'homme moral en même temps que politique, il surpasse la médiocrité ambiante par l'ascèse éthique et la vertu qu'il s'impose, en ce sens il est admirable mais il est prisonnier de l'ens fictum, il est sous l'empire des conventions, son bonheur est lui-même un bonheur fictif.
Strauss n'encourage personne à l'immoralisme, mais il est clair qu'il n'y a de vrai bonheur, de vraie félicité que philosophique pour ceux du moins qui peuvent accéder au niveau philosophique. On retrouve le "tournant farabien", Strauss s'est véritablement converti, comme on le faisait dans l'antiquité, à la philosophie et cette philosophie est celle de Socrate et de Platon.
"Le vrai platonicien n'est pas intéressé par la vérité historique (accidentelle), mais bien par la vérité philosophique 'essentielle" ?" il cherche les vérités éternelles. En conséquence, et pèle mèle presque :
Antiutopisme de Strauss
Le philosophe peut jouer un rôle de roi dans la cité, mais de roi secret, il se fait peu d'illusions.
Il est animé par un eros spécifique qui n'est pas celui des biens matériels mais celui des biens de l'esprit.
Une vie sans examen philosophique ne vaut pas la peine d'être vécue.
Le platonisme de Strauss est d'abord d'attitude.
Il est installé dans le scepticisme de principe.
Politiquement, ne serait-ce que par commodité, il est nettement conservateur. Il s'adapte à la religion et aux opinions régnantes.
La philo est la seule voie vers la vraie félicité.
Elle est réservé à une élite d'êtres humains possédant les qualités nécessaires. Elle est aristocratique et incompatible avec les Lumières modernes.
La religion n'est bien sûr pas fournisseuse de connaissance.
Les idées, loin d'être des réponses, semblent être pour Strauss les grands problèmes transhistoriques de la philo.
Pour Tanguay, le conservatisme de Strauss n'est ni radical ni de nostalgie. "...La clarté avec laquelle il présente certaines opinions philosophiques dangereuses" pose le problème de son art ésotérique d'écrire. La mise en surface est peut-être le meilleur voile. [Là il faut suivre ! ! ! (réminiscence de la "lettre volée" peut-être, que tout le monde cherche et que personne ne voit parce est en évidence sur la cheminée ? ? ? ?)]
Conclusion finale par key points :
Impossibilité de créer autrement qu'en paroles une société idéale et rationnelle.
Utilité de la noble rhétorique et des nobles mensonges.
Données ou certitudes fondamentales sur la condition humaine : inégalité, nécessité de la loi, permanence du mal, caractère limité de la connaissance humaine, immutabilité de la nature humaine.
Voilà pour l'optimisme straussien, nous allons devoir le suivre maintenant sur un point central de sa doctrine : sa théorie du droit naturel.
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Et à lire, avant ou après
Qui est Leo Strauss ? par Olivier Berrichon-Seyden http://www.google.fr/search ?q=cache...
Une autre version de Strauss. Le "fameux" article du International Herald Tribune du 15 mai 2003 par William Pfaff http://www.iht.com/articles/96307.html
Et un article de Shadia B. Drury qui ne fait pas de cadeau http://evatt.org.au/publications/pa...
Tanguay, Leo Strauss, chapitre 3, ... Droit naturel
1. Généralités indispensables
Le "droit naturel", avec toutes les subtilités de perception et d'analyse qu'on peut en avoir, c'est déjà -avant même de commencer- des souvenirs à demi cauchemardesques d'étudiant ou même de lycéen. On croit toutefois se rappeler que le droit naturel désigne quelque chose comme cet ensemble de droits de l'être humain (cf. droits de l'homme) qui sont considérés comme inaliénables et qu'on ne doit en aucun cas laisser écraser notamment par le "droit positif "(cad le droit tel qu'on nous le fabrique par le truchement législatif) et au prétexte qu'on vit toujours inexorablement et par chance en société et sous l'autorité de l'Etat.
Le droit naturel occupe une position centrale dans la pensée de Strauss. Le bouquin de référence est ici "Droit naturel et histoire".
Pour nous rassurer, Tanguay précise que le concept de droit naturel chez Strauss est plus large que la seule définition juridique. Il faut y englober :
une réflexion sur l'essence de la justice et de la politique
la question portant sur le meilleur régime.
Pour nous mettre encore plus à l'aise, Tanguay précise que Strauss oppose au départ Loi naturelle ( ? !) (issue de la religion et qui ne prescrit que des devoirs) au Droit naturel (qui ne "prescrit" si l'on peut dire que des droits). On apprend encore sans surprise que Strauss conteste ensuite toute l'histoire qu'on donne ordinairement du Droit naturel. Pour lui les choses concernant la question du droit naturel commencent exactement à Platon et Aristote. Il conteste bien entendu la conception moderne du droit naturel et opte pour la définition ancienne telle qu'il la conçoit, ce qui ne saurait nous surprendre.
2. Hobbes fondateur du droit naturel moderne.
La définition moderne vient d'un changement de perspective, d'un "renversement hobbesien", Hobbes est (avec Locke) le fondateur en quelque sorte du paradigme libéral. "Que ce soit sous sa forme bourgeoise-capitaliste ou socialiste", précise Tanguay. Il constitue la morale, l'idéal de civilisation qui est le nôtre. L'individu est au centre, avec le droit à la sauvegarde de la vie, et ses extensions : sécurité du corps et de l'esprit, propriété privée, règles relatives au travail, etc., qui constituent en définitive les "droits de l'homme" d'aujourd'hui. L'individu, la personne, devient dans cette conception un tout premier autonome irréductible, dans ces conditions il y a même un droit naturel à l'imbécillité, exprime Strauss avec une certaine malice.
3. Strauss : le retour à l'esprit du droit naturel ancien
Retour à Platon et Aristote sur cette question du droit naturel.
Nous n'allons pas nous étendre longuement sur la conception que se fait Strauss du droit naturel, précisément parce qu'elle est centrale dans sa philosophie et que nous aurons immanquablement à y revenir (Elle n'est pas forcément ultralimpide non plus).
L'être humain a un telos, une "fin", des fins (finalité). L'individu et sa survie ne constituent pas proprement pour Strauss une fin suffisante permettant à elle seule de "définir" le droit naturel. Strauss va tirer de l'oubli la véritable idée selon lui du droit naturel qui est à trouver dans les fins de l'âme ou de l'esprit.
Si les hommes ont des besoins physiques et matériels, ils ont aussi quelque chose de supérieur c'est l'âme, l'esprit, la raison. La vie en accord avec la raison "est" la véritable vie conforme à la nature de l'homme. L'homme certes ne peut pas atteindre la perfection, mais l'important c'est d'y tendre, la tension, l'effort de dépassement est dans sa nature.
L'idée de justice par ex n'est jamais pleinement atteinte, l'idée toutefois c'est qu'il est de notre nature d'y tendre.
"Tout n'est pas permis", fait dire Tanguay à la philosophie de Strauss. On est peut-être un peu short là-dessus dans le texte de Tanguay. Sans doute faut-il comprendre que tout n'est pas permis en terme de raison/raisonnement/lumière de l'esprit (c'est Strauss platonicien, là) plutôt qu'en termes de valeurs morales reçues vertueusement conduites.
On est short aussi avec le come back des idées straussiennes déjà vues au précédent chapitre : On va retrouver le "gentleman", parfait sous tout rapport, un peu nunuche peut-être. On va retrouver le philosophe top du top, crème de la créme, l'esprit supérieur au-desus du commun (flatteur quand on est philosophe !).
On retouve la conception inégalitaire et élitaire qui partage les hommes définitivement, on retrouve l'idée du noble mensonge, on y trouve que le "tout" est finalement mystérieux, inaccessible.
Le bonheur des modernes c'est sa propre conservation et le confort, c'est la liberté de soi aux risques des fantaisies individuelles les plus variées, le bonheur des anciens c'est d'aller plus loin, être inspiré par une transcendance de soi, une capacité à regarder l'irregardable peut-être, ce "bonheur" est réservé à de très rares hommes.
C'est cela, semble-t-il, la difficile et troublante ou perturbante philosophie de Strauss ? Tanguay va enfoncer le clou de la terminologie obscure et de la difficulté straussiennes avec son 4ème et dernier chapitre pour aborder, chez Strauss, le conflit entre Jérusalem et Athènes.
Par Alain
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A lire éventuellement :
Une très courte présentation pas "méchante" du "Droit naturel et histoire, de Leo Strauss : http://www.expats-network.com/Bibli...
Un court article de Liberpedia sur le droit naturel http://www.freegoat.org/liberpedia/...
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A SUIVRE : Tanguay, Chap 4 et conclusion
Tanguay, "Leo Strauss", chapitre 4 et conclusion
1. Chapitre 4. Le conflit d'Athènes et de Jérusalem
Métaphoriquement, l'opposition Jérusalem versus Athènes c'est l'opposition entre deux mondes antithétiques, deux options fondamentales pour l'esprit humain, inconciliables et probablement "insolubles". Deux univers où la question "Quelle est la meilleure vie ?" donne des réponses situées à des années lumières. Cette antinomie c'est également celle des limites de la critique de l'autre.
D'un côté l'autorité d'une révélation, d'un Dieu tout puissant incompréhensible, totalement libre et arbitraire, la primauté également d'une morale du coeur, de l'autre un intellectualisme grec, abstrait, calculateur, purement rationnel et dans son fond athée
Ce chapitre a son intérêt et ne paraît pas d'une lecture insurmontable, on laissera finalement à chacun le soin de se dépatouiller avec.
2. Conclusion
En sa conclusion, Tanguay récapitule certains des thèmes favoris de Strauss que nous venons de voir et s'emploie à préciser, dans le cadre de ce que nous avons appelé "le débat Strauss" (Strauss faucon ou simple philosophe ?) le "poids" et la température qu'il convient, selon lui, de leur donner :
La querelle des Anciens et des Modernes n'est pas le problème essentiel de Strauss.
Un lecteur attentif ne trouvera pas, d'après Tanguay, une idéologie politique dans son oeuvre ;
Seulement un caractère problématique,
Une liberté du philosopher,
Un esprit zététique.
L'étrange (pour nous) problème théologico-politique -à savoir Dieu, la religion, la politique, la philosophie- reste au centre de sa pensée.
On peut ajouter encore :
"Certains ont cru que Strauss prêchait un retour à l'orthodoxie religieuse." : Cette impression est erronée.
Strauss a seulement pris ses distances envers la philosophie moderne et divers de ses postulations implicites.
Il a radicalisé dans le sens politique son interprétation de la prophétologie et de la religion.
Dévalorisé la dimension escatologique de la religion et dévalorisé en partie la dimension de "la vie morale".
Il a valorisé en revanche la vie philosophique et le bonheur par la contemplation théorétique (théorique).
Sa philosophie est un platonisme sceptique, zététique c'est à dire qu'elle se définit comme une quête incessante de la vérité plutôt que comme une science achevée.
Elle est une possibilité de méditer sur les alternatives proposées à l'esprit qui sont trans-historiques, trans-sociales, trans-morales et trans-religieuse.
Dans son rapport au Tout -s'il existe un Tout-, la philosophie zététique se contente de supposer que l'âme humaine à une ouverture à ce tout qui la dépasse. Elle sait ne pas pouvoir maîtriser ce Tout.
La religion n'a aucune valeur cognitive, sa fonction est purement politique et sociale. La société n'est pas préoccupée par la vérité mais seulement pas sa conservation. La société n'est sauvée que par les illusions que vend une "noble rhétorique".
Sans doute Dieu est-il dans le monde actuel de facto mort et enterré, mais à bien considérer les choses la démonstration de son inexistence (ou existence) n'est tout simplement théoriquement pas établie. Elle n'est pas faisable.
Ainsi les points précédemment posés illustrent-ils la position qui semble être celle de Daniel Tanguay.
A ce stade de notre recherche notre position sur Strauss n'est pour ce qui nous concerne pas encore arrêtée. Notre programme de travail n'est pas terminé.
Après Tanguay, et avant de reprendre notre travail en cours sur Leo Strauss, vous voudrez bien noter qu'il est possible de retrouver, avec peut-être plus de commodité de manipulation, toute cette première partie de notre enquête ci-dessus dans notre journal BEST REGARDS N°60 JUIN 2004.
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
La suite de l'enquête fera aussi, autant que de besoin, l'objet de publications au journal
Après cette large et précieuse introduction de Tanguay à l'oeuvre de Leo Strauss, que nous venons de voir, nulle question pour nous de faire -ne serait-ce qu'un moment- la pause, si ce n'est à la rigueur pour permettre aux retardataires de finir Tanguay.
Je rappelle qu'il est prévu maintenant, à notre programme de travail, de lire Leo Strauss lui-même, de vérifier le contenu de son propos, d'en prendre, de première main cette fois, l'exacte "température".
Cette approche, faute que nous soyons encore rompus -chacun de nous- à son art supposé d'écrire crypté, se fera comme on l'a déjà exprimé : en "exotérique". C'est à dire que très simplement, très normalement, nous lirons Strauss tel que, pensons-nous, il se donne au premier degré. Nous remettrons à une étape plus lointaine de regarder les choses avec une acuité spéciale et mieux armée.
Donc que va-t-on lire ?
Vous trouverez sur wikipedia la liste des principales oeuvres de Leo Strauss
http://fr.wikipedia.org/wiki/Leo_Strauss
Vous trouverez sur le site de M. Rochet (décidément à tous égards incollable) les oeuvres communément disponibles de Leo Strauss en France. (Y compris les prix, voir à la fin).
http://perso.wanadoo.fr/claude.roch...
Vous pouvez avoir aussi, si vous tenez absolument à faire une thèse sur Strauss ou à passer l'agrég, une bibliographie exhaustive sur le site ci-après :
http://phronesis.org/IMG/doc/Straus...
Donc, reposons la question : que va-t-on lire ? Eh bien, on va choisir son oeuvre probablement la plus connue et la plus importante, "Droit naturel et Histoire", disponible en livre de poche dans la collection Champs Flammarion pour la somme modique de 6,80€, ce qui n'est pas un moindre avantage. Tous les participants au présent débat doivent pouvoir sur le plan pécuniaire y avoir l'accès.
Vous pouvez encore, en attendant que nous redémarrions pour de bon, allez faire un tour sur le site straussien ci-après indiqué, pour y voir notamment le "discussion forum" ; vous y apprendriez probablement des choses :
http://www.straussian.net/
Il fallait commencer sans doute par lire Strauss, puis ensuite lire Tanguay. Il faudrait aussi avant tout aller lire les auteurs auxquels Strauss fait référence. C'est seulement ainsi que vous aurez une petite idée des enjeux qui sont ceux auxquels Strauss s'est confronté toute sa vie.
Il y a sans doute un lien entre Strauss et les néo-conservateurs. Mais ce lien tient en une certaine disposition d'esprit concernant les rapports entre la philosophie et la politique. Cette disposition d'esprit, Strauss l'a explorée comme philosophe et jamais comme politicien. Cela ne signifie nullement qu'il n'y a aucun rapport entre Strauss et les néo-conservateurs américains, mais il faudrait resituer les choses avec modestie et précisions. Les spécialistes de la philosophie américaine sont à l'égard du monde et de l'Europe dans la même situation que les Romains étaient à l'égard de la Grèce.
Toujours est-il que Leo Strauss surprend les idéologues contemporains pétris de sociologie et de positivisme. Il n'est sûrement pas un homme de progrès en ce sens (il se disait lui-même "victorien"). Pour finir, il faudrait aussi ne pas se laisser polluer par LaRouche, individu qui est loin d'être irréprochable, et qui manie assez bien l'invective, s'agissant du mouvement assez hétéroclite des néo-conservateurs. D'abord, ces néo-conservateurs sont pour la plupart issus du l'extrême gauche américaine (voir Martin Diamond et Irving Kristol). Si certains ont été attirés par Strauss (il y a aussi de straussiens de gauche, des straussiens athées, des catholiques, etc.), il faut croire que c'est parce qu'il s'est intéressé de manière très radicale (c'est-à-dire poussée et continue dans toute son oeuvre) à la "crise de la modernité". C'est quelqu'un qui a cherché à mettre en évidence la modernité comme "crise" (il n'est certes pas le seul, voir Spengler) dans tous ses aspects. Conséquemment, ceux qui pour une raison ou une autre ont été sensibles aux conséquences dévastatrices des "idéologies du progrès", bien que "progressistes" eux-mêmes, ont vu leurs yeux se désiller et se sont remis à l'étude sérieuse des textes politiques fondamentaux, pendant qu'en Europe, les intellectuels se bornaient à scander des mots d'ordre.
On doit à Strauss d'avoir mis le pied à l'étrier à de nombreux spécialistes actuels de haut rang, soit spécialistes de la Constitution, soit de la philosophie médiévale arabe et juive, soit du corpus aristotélico-platonnicien.
Je ne crois pas que cela soit une très bonne chose de faire un procès à Strauss, mort en 1973, à la faveur d'une campagne contre la politique étrangère de Bush sous prétexte que Strauss méprisait comme Platon le vulgaire et qu'il serait de droite. Je rappelle que Strauss a voté pour les démocrates jusqu'au milieu des années 60 (mais du point de vue français qu'est-ce qu'un démocrate américain ?) et qu'ensuite, à partir de Mondale je crois, il a voté républicain. Là encore, on pourrait ergoter et dire que dans le sud américain, qui était raciste et populiste, les gens votaient pour le parti démocrate (alors que ceux que les démocrates de Nouvelle Angleterre n'ont pas grand chose en commun avec les précédents).
Je pense que Strauss est un vrai philosophe de première grandeur et que les idéologues de tout poil associent Strauss à leurs adversaires politiques pour grandir le danger qu'ils semblent constituer à leurs yeux. On a tout dit sur Strauss, y compris Hannah Arendt, qui n'était pas avare de raccourcis stupides : "Si Strauss n'avait pas été juif, il aurait été nazi !" dit-elle quelque part, comme s'il s'agissait d'une bonne idée. Elle ne dit évidemment pas que, longtemps maîtresse elle-même de Heidegger, elle savait ce qu'était un nazi. Ces procédés sont détestables et ne font jamais qu'assouvir à bon compte notre soif de vérité en trahissant ce désir et en corrompant notre âme.
Strauss a connu des immigrés fuyant les pogroms russes, il a été sioniste radical (comme Gershom Scholem) lorsqu'il avait 20 ans, mais n'a jamais soutenu les nazis ni les staliniens. On ferait mieux de s'opposer aux néo-conservateurs en s'opposant à leurs idées avec de vrais arguments, si cela est possible. Mais cela semble impossible à la gauche française, dont le problème est qu'elle n'arrive pas à articuler une seule idée véritablement rationnelle. Elle se borne à des gesticulations manichéennes qui font pitié à voir, emploie des méthodes peu ragoûtantes (la théorie du complot des riches contre les pauvres, des conservateurs contre les progressistes, des patrons contre les ouvriers, des Américains belliqueux contre le monde pacifiste et autres fariboles auxquelles elle ne croit pas elle-même, mais qu'elle distille étant la proie des idéologues). Un peu de sérieux, de tempérance et d'objectivité ne ferait pas de mal. Pour s'y essayer, lisez l'article en cours de rédaction sur Wikipédia, mais surtout les ouvrages de Leo Strauss qui, encore une fois, sont disponibles en français.
Pour information, je suis l'auteur de la bibliographie disponible en français sur http:://phronesis.org et qui sous une forme modifiée a été publiée chez Vrin par Laurent Jaffro dans son ouvrage "Leo Strauss : art d'écrire et politique".
Merci tout à fait, Adeimantos, pour ces deux contributions bien frappées.
Nous prenons bonne note des mises en garde et notamment des dangers d'une approche "externe" par le ouï-dire en quelque sorte qui serait -à agir sans prudence- la source sans doute de bien des fantaisies ou hérésies interprétatives.
Nous n'avons pas, en tout cas pas encore, me semble-t-il, cédé à n'importe quoi et propagé volontairement des contre-vérités. Pour le moment, au pire, nous listons.
La lecture supposément "en commun" de Strauss que nous nous proposons est commencée (bien entendu les auteurs qu'ils citent sont en gros connus pour autant qu'ils puissent jamais l'être, Maïmonide fortement excepté en vérité et quelques autres aussi, confessons-le, comme Burke, que nous allons croiser ou même Wild que nous croiserons plus tard...)
En fait c'est une "enquête" que nous nous sommes proposé de faire : Strauss le méchant ou Strauss le gentil ?
On connaît tout le risque des enquêtes. L'appel à l'expertise est possible et l'expertise est la bienvenue.
Là où nous sommes pour le moment le plus mal armé, nous l'avons signalé, c'est sur l'écriture cryptée de Strauss. On espère que peu à peu ça va se corriger.
Continuons donc. Merci pour la vigilance de nos lecteurs. Merci encore à Adeimantos.
Alain Serge Clary
Voir également à la suite de notre journal "Best Regards" un commentaire de Claude Rochet
1. Exhortation : Lire Strauss
Bon, alors ! on se le lit ce bouquin de Leo Strauss que nous avons mis à notre programme en premier d'une longue liste ?
C'est un livre de 1953 (2ème guerre mondiale finie depuis 8 ans, guerre froide entre les 2 blocs américain et soviétique) fait de 6 conférences données par Strauss à Chicago pour une fondation américaine.
Selon que vous êtes grand débutant ou lecteur pro de philo, évidemment vous ne vous engagez pas dans la même rando ni pour la même durée (D'ailleurs ne vous claquez pas dès le départ, vous pourrez toujours y revenir).
2. Les raisons d'une lecture : Pourquoi diable !
On peut avoir plusieurs motivations légitimes pour "s'attaquer" à cet ouvrage : on peut être juriste fana de droit naturel, politologue, philosophe, ou rien de tout cela. On peut vouloir lire Leo Strauss pour le plaisir (why not ! ?), ou pour son contenu sur le droit naturel, ou en tant qu'historien de la philosophie, ou pour les auteurs qu'il commente et qui sont ici pour l'essentiel : Socrate, Platon, Hobbes, Locke, Rousseau, Burke.
Si aucune de ces démarches n'est exclusive des autres, je rappelle cependant quelle est notre intention principale de lecture pour ce qui nous concerne . Nous lisons Leo Strauss dans le cadre d'un "débat" que nous avons ouvert (nous devrions dire plus exactement une "affaire" ; avec à l'occasion des invectives entre belligérants.)
Notre question est : Strauss est-il le méchant ou le gentil ? Strauss est-il l'idéologue-affreux jojo droitier qu'on nous dit qu'il est, ou est-il le philosophe purement philosophe que d'autres défendent ardemment ?
La question seconde en quelque sorte après cette question centrale (mais immédiat objectif tout de même ici) c'est, ayant déjà bénéficié d'une initiation à Strauss par le truchement de Tanguay les yeux fermés (Cf. commentaires supra sur Tanguay), de voir l'adéquation entre ce que présente Tanguay et le livre lui-même.
Il nous semble que les choses collent en gros sans trop d'histoires : nous avons bien dans "Droit naturel et Histoire" une critique par Strauss du droit naturel "moderne", "libéral", reposant sur une notion exclusive de l'individu. Et nous avons un retour straussien à celui de l'époque classique, socrato-platonicien, fondé sur une téléologie humaine, une téléologie de l'esprit humain.
3. La présente note de lecture : son utilité éventuelle
Nous n'allons pas ici relire en 900 pages le bouquin de Strauss à votre place (lequel bouquin n'en fait "que" 300).
Nous n'allons pas répéter (pas trop) ce que Tanguay a déjà amplement dit : à chacun de remonter plus haut (Tanguay, chapitre 3, je crois).
Nous n'allons pas par une foultitude de remarques prétendre vous macher exhaustivement la diversité des analyses petites ou grandes qui s'y trouvent. Nous allons simplement vous faire part de quelques-unes de nos observations faites chemin faisant. Elles pourront être rediscutées, confirmées, infirmées.
La première de nos observations d'ailleurs ne sera pas listée dans "nos" observations, c'est celle qui définit au dos de l'ouvrage d'une part la visée du livre et, en table des matières, le mouvement du livre.
"Droit naturel et Histoire, maître livre de Léo Strauss (l'accent n'est pas de nous mais de l'éditeur), est reconnu comme un classique de la philosophie de notre siécle, spécialement de la philosophie politique.
Léo Strauss illustre et défend l'idée de droit naturel contre tout relativisme historique. Pour lui, le besoin du droit naturel est manifeste. En effet, rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit, que le droit est déterminé exclusivement par les législateurs et les tribunaux des différents pays. Or, on ne contestera pas qu'il existe des lois et des décisions que l'on déclarera injustes. Au nom de quoi faire cette déclaration ? La réponse est donnée majoritairement de nos jours par les sciences sociales qui rejettent le droit naturel au nom de l'histoire et au nom de la différence entre faits et valeurs.
Léo Strauss s'inscrit en faux contre cette réduction et plaide pour le maintien de la notion de droit naturel, seule source, selon lui, d'une pensée du Juste et de l'Injuste. Depuis Grotius (Le Droit des gens), la notion de droit naturel est au principe de la philosophie politique moderne (Hobbes, Rousseau...). Dans sa forme classique, le droit naturel est lié à une perspective téléologique de l'univers ("de l'univers" n'est pas de nous bien sûr). Comment le repenser sous une forme actuelle, tel est le dessein de l'ouvrage de Léo Strauss.
Ecrit dans une langue très claire et précise, proposant des analyses remarquables de Machiavel, Hobbes, Locke, Rousseau et Burke, "Droit naturel est un livre d'une exceptionnelle valeur."
Nota bene : Cette présentation de l'éditeur est un resucé direct de l'introduction de Strauss, qui se lit bien, en effet (comme d'ailleurs le reste en apparence, ne vous illusionnez pas trop tout de même, même si Strauss ne jargonne pas mortellement en effet). Beaucoup s'étonneront certes que le droit naturel, ainsi qu'on nous dit, ait pu être si oublié de nos jours, quand on considère les récentes batailles dans la presse que mènent d'aucuns contre les "Droits de l'hommistes" jugés par eux envahissants : on pourrait en conséquence avoir en 2004 l'impression exactement contraire à celle de l'auteur. Il s'agit donc bien d'une certaine conception ancienne qui, pour lui, a été oubliée, on le souligne, pas la formulation moderne. On peut sans doute ajouter que derrière sa recherche du droit naturel Strauss cherche quelque chose de plus large qu'une conception strictement juridique utile seulement aux juristes, il cherche quelque chose en fait de fondateur ou refondateur pour la philosophie politique.
Nota bene : Plan. Le mouvement du livre nous conduit des difficultés selon Strauss que fait au droit naturel l'historicisme moderne et le positivisme des sciences sociales. Il nous conduit des origines du droit naturel, puis de son idée classique, au droit naturel moderne dont il conteste le fondement et l'esprit, à ce qu'il appelle la crise moderne.
Alors quid de nos "observations" annoncées ? : Elles porteront, sur les points suivants :
Le style et la manière. Au delà de la facilité de la langue, la méthode apparemment dialectico-maïeutique.
L'humour peut-être, mais si !
Les allusions au cryptage. La question de l'art secret d'écrire
Peut-être sur les auteurs étudiés, mais ça vous pouvez les aborder bien sûr sans nous.
La profession de foi de Leo Strauss. En tout cas ce que nous croyons être sa profession de foi (Cf son chap 4, le droit naturel classique)
La dernière observation de notre part portera sans doute sur l'originalité d'un livre qui a une introduction marquée mais pas de conclusion nettement formelle.
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Leo Strauss, "Droit naturel et Histoire"/ A suivre
4. Strauss. Le style et la manière. Sa langue : une apparente facilité
Son éditeur le dit (je rappelle au passage que nous lisons Strauss dans la version de poche "Champs Flammarion"), Strauss "écrit dans une langue très claire". Eh bien, s'agissant en tout cas de la traduction française, ça en a l'air. Strauss, lui, ne "néantise" pas, ne "versbrobenheitise" pas, ne "paradigme" pas et "diachronise" peu, au pire il nihilise un peu. Strauss n'a semble-t-il qu'une langue commune avec nous qui paraît claire.
Attention cependant !
La nature. La "nature" dans Strauss a maintes glissades surf et sémantiques sans prévenir. Tantôt elle est, au fil des mots, la nature de Rousseau, des écolos, et la nôtre le samedi avec des fleurs et des oiseaux....
tantôt elle est la nature de Strauss : la nature de la nature, la natura rerum, le fond, etc.
Le droit naturel. Tantôt il est le droit naturel au sens où nous l'entendons tous de ces droits fondamentaux de l'homme qui seraient imprescritibles et inaliénables,
tantôt c'est le droit naturel selon Strauss c'est à dire quelque chose de fondamental aussi, mais qui permettrait plus exactement de construire la vraie vie en société, la meilleure, faire une "constitution" et donner des fondements à la philosophie politique. Et chez Strauss on sait que la bonne piste n'est pas celle des modernes. mais celle des anciens.
Droit naturel encore et éléments voisins. Vous aurez aussi à ouvrir les yeux dans les nombreux moments de contiguïtés twilight : ordre de la nature, loi de nature, loi naturelle, état de nature.
L'état de nature chez Strauss, dans le texte, est tantôt l'état dans lequel serait la demi-brute humaine originelle dans sa forêt primaire tantôt l'homme retourné en idée de la société à la "nature". Voir partie Rousseau et/ou même partie Platon. Le Larzac caprin, peut-être, sans la télé ? ? ? ! ! ! ! : Ce n'est évidemment pas l'option de Strauss qui était mieux sur son campus.
"Le droit naturel s'adresse à l'homme tel qu'il est présentement et non pas à l'animal stupide qui vivait dans l'état de nature de Rousseau. Il est difficile de comprendre comment Rousseau a pu fonder sa doctrine du droit naturel sur ce qu'il croyait savoir de l'homme naturel ou de l'homme dans l'état de nature." (Page 239)
"L'ultime justification de la société civile est donc le fait qu'elle permet à un certain type d'individus de jouir de la félicité suprême en se retirant, c'est à dire en vivant en marge de la société civile." (Page 253)
Donc, répétons-nous, faites attention sur la "clarté" de la langue straussienne.
5. La manière : la ou les méthodes. la maïeutique straussienne
D'abord, l'autorité (discrète) de Strauss. Strauss bénéficie d'un truc, d'un bonus supérieur, c'est sa connaissances des textes, particulièrement les textes anciens. Vous êtes bien obligés d'en prendre ce qu'il vous en dit.
Auriez-vous lu Platon et tout Aristote dans votre enfance, il existe au moins une chance sur deux que vous les ayez pas lus dans le texte grec.
Connaitriez-vous la bible, il y a deux chances sur trois que vous ne l'ayez pas lu en hébreu. Strauss si. Et s'il y a, s'il y avait une bible complète en araméen, Strauss lui il l'aurait lue.
Cherchez, cherchez, Strauss est à la hauteur dans son emploi professoral à l'Université de Chicago, il a lu Farabi, Maïmonide, etc. Cela on le conteste pas, on ne peut pas.
Strauss est comme ces invités de marque à qui on donne la place d'honneur à la table, il a le privilège de choisir le terrain de la conversation. On espère que vous êtes musclé, bodybuildé, sur au moins au moins un auteur (Platon ? Rousseau ? Nietzsche) pour soutenir ce front.
Si vous ne l'êtes pas, ne vous affolez pas, avec Strauss, les auteurs anciens faut faire avec. De toute façon, c'est en définitive sur autre chose qu'il nous intéressera d'avoir un jugement.
La maïeutique straussienne. Donc, Strauss écrit clair (relativement ainsi qu'on a vu, faîtes gaffe aux faux-amis et aux pièges), Strauss écrit tout simplement en philosophe, en très philosophe mine de rien. Ca aussi faut s'y faire pour celui qui n'aurait pas tout l'entrainement d'hiver nécessaire.
Car Strauss c'est assez : position-X affirmation, oui bien sûr, et encore, mais, il est vrai que, laquelle chose est divisible au moins en deux, puis en deux à nouveau, de quoi et quoi donc il faut comprendre si ce n'est l'exact contraire du moins quelque chose de fondamentalement différent.
Il y a de la maïeutique chez Strauss, il tient de la mère de Socrate l'habileté de tourner le bébé qui se présentait par le siège pour qu'il paraisse par la tête.
Strauss pratique assez bien ce que nous appelerions volontiers la "circularité contraire", il est assez "ruse de l'histoire" : à titre d'exemple, l'historicisme contre lequel il vaticine (début du livre) a bien entendu était inventé par des réactionnaires de droite, raison pour laquelle avec quelques autres raisons intermédiaires entretemps, il est devenue l'apanage exlusif aujourd'hui des révolutionnaires issus de 1789 ( Et des nihilistes, dont nous aurons l'occasion plus tard de préciser le concept).
Si Strauss s'occupait de Marie-Antoinette, forcément on aurait des surprises.
Avec tout ce que l'on sait de Strauss déjà, on ne s'étonnera pas que Strauss soit dialecticien au sens au moins platonicien.
On ne va pas exclure cependant (thèse aventuriste) qu'il ne nous fasse pas de temps en temps des clins d'oeil. En tout cas de temps à temps, il nous fait, dirait-on, de l'humour.
6. L'humour de Strauss (Si ! pourquoi pas.)
Pour les gens de l'Ocséna, dont on connaît les présupposés en la matière, après tout ce qu'on vient de prévenir sur lui concernant son style et sa supposée clarté, le sentiment parfois -à la lecture et relectures- est le suivant : Strauss ne ferait-il pas de l'humour, au moins ponctuellement ?
Voici quelques traits d'esprit, que nous avons relevés, et qui sans être proprement des zaz ne sont pas méprisables.
Attention, ces traits ne définissent pas forcément la pensée de leur auteur, ils s'appliquent souvent en moquerie vis à vis d'autres auteurs. Strauss les prend aussi souvent à d'autres
Page 28. A propos du cours de l'histoire
Le "cours de l'histoire" se déroule aux yeux de l'honnête historien comme une étoffe dont le dessin lui échappe et dans la trame de laquelle se liraient aussi bien les actes, le travail et les pensées des hommes que les effets d'un simple hasard : c'est "une histoire racontée par un idiot".
Page 32. Sur le dogmatisme
le dogmatisme (...) : notre penchant à "identifier l'objet de notre pensée avec l'endroit où nous devenons fatigués de penser".
Page 47. Sur l'idée de science
Toute science est comme telle indépendante d'une "Weltanschauung" : sciences naturelles ou science sociales, elles revendiquent la même validité auprès des occidentaux et des Chinois.
Page 84. Sur la coutume
Ainsi est-il dans la coutume, dans la manière des chiens d'aboyer et de remuer la queue, des femmes d'avoir leurs règles, des fous de faire des folies, tout comme dans celle des juifs de ne pas manger de porc et des musulmans de ne pas boire de vin. La "coutume" ou la "manière" est l'équivalent pré-philosphique de la "nature".
Page 99. La loi
Les lois sont donc en réalité l'oeuvre non pas de la cité mais de la fraction de citoyens qui se trouvent être au pouvoir à ce moment-là. Inutile de dire que la démocratie, qui se donne pour le gouvernement de tous, est en fait le gouvernement de quelques-uns.
Page 102-103. Le bien commun
Le bien commun n'est en réalité que l'intérêt d'une fraction qui prétend être un tout et dont l'unité n'est due qu'à cette affirmation.
Page 102-103. La politique étrangère
Les maximes de politique étrangère sont-elles essentiellement différentes des maximes qui inspirent la conduite des gangsters ?
Page 102-103. La Justice
L'expérience montre qu'il y a peu d'individus, et pour ainsi dire aucune cité, à agir avec justice à moins d'y être obligés.
Page 104. Les béquilles et le naturel
Les béquilles sont utiles à l'homme qui a perdu une jambe : mais est-il naturel d'avoir des béquilles ?
Page 104. L'imbécile juste
L'homme authentiquement juste est un imprudent ou un imbécile : il est dupe de la convention.
Page 120. L'âne et le philosophe
Divers les êtres, divers les plaisirs qu'ils recherchent : ceux d'un âne ne sont pas ceux d'un philosophe.
Page 134. Les philosophes
Pour dire vrai, les philosophes ne vivent pas en famille. Leur intérêt égoïste, l'intérête de leur classe consiste à ce qu'on les laisse tranquilles, à ce qu'on leur donne le droit de mener la vie des bienheureux sur la terre en se consacrant aux seuls sujets d'importance
NB : Pas mal pour le philosophe, mais là Strauss est peut-être optimiste !
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Leo Strauss, "Droit naturel et Histoire"/ A suivre
Leo Strauss, "Droit naturel et Histoire" (suite 3...et à suivre encore)
7. Clin d'oeil de Strauss : Allusions au cryptage. La manière dissimulatrice d'écrire
Locke comme truchement. C'est dans "Locke" qu'on trouve, au chapitre V de "Droit naturel et Histoire", quelques indications sur la nécessité et l'art de dissimuler sa pensée.
Prudence de Locke. A première vue, nous dit en substance Strauss, Locke paraît rejeter complètement les conceptions hobbiennes (voir Tanguay supra) et suivre l'enseignement traditionnel.
Reprenons Strauss à peu près mot à mot (Cf. page 181) : Pour Locke , les droits naturels dérivent de la "loi naturelle", règle éternelle pour tous, évidente et intelligible par toutes les créatures raisonnables, et qui peut être connue par la raison sans la Révélation. Il n'en reste pas moins qu'elle est la volonté de Dieu, la voix de Dieu en l'homme ; elle peut être appelée loi de Dieu, loi divine, loi éternelle, loi suprême.
Comme dit Strauss, on peut se demander si cette définition ne prête pas à discussion (p 182).
Strauss encore. Locke n'était pas homme à insister sur "les" obstacles, c'était un écrivain prudent.... Sa prudence crève les yeux. (p 183).
Un écrivain politique prudent exposera sa cause de façon à faire naître une bonne volonté générale à son endroit
Dans ses négociations politiques, Locke exploitait à fond tout accord partiel... et évitait les inconvénients qu'aurait pu lui procurer un désaccord partiel en le passant sous silence.
Locke recommande la prudence en paroles et d'utiliser un langage ambigu ou d'envelopper le sens de ce qu'on veut dire de façon à ne pouvoir être aisément compris. (p 186).
L'interprétation communément admise de la doctrine lockienne conduit à admettre que Locke est plein d'illogismes, de lacunes et d'incohérences, d'incohérences si évidentes, ajouterons-nous, qu'elles ne peuvent pas avoir échappé à l'attention d'un homme aussi éminent et aussi mesuré que lui. (p 194)
La doctrine de la propriété chez Locke est directement intelligible aujourd'hui si on la considère comme la doctrine classique de l'esprit du capitalisme. (p 214)
Depuis le XIXe siècle, les lecteurs de Locke ont trouvé difficile de comprendre qu'il utilisât "la phraséologie de la loi de la nature ou qu'il énonça sa théorie en termes de loi naturelle. (p 214)
NB : Venant de Strauss comme ça, on croit rêver !
Les disciples de Locke, dans les générations postérieures, estimèrent ne plus avoir besoin de la phraséologie de la loi de la nature. (p 214)
Locke enveloppait ce qu'il voulait dire de sorte qu'il est malaisé de le comprendre... Le caractère révolutionnaire de sa doctrine de la propriété ..., il l'a pourtant mise assez clairement en lumière. (p 215)
La leçon de cryptage est assez évidente. Mais que peut bien vouloir nous dire Strauss le concernant lui-même.
8. La profession de foi de Strauss
Si ce que nous dit Strauss de lui-même et de son retour aux anciens est à prendre tel quel, alors sa profession de foi se trouve a priori au chap IV. de Droit naturel et Histoire, où il nous expose la conception socrato-palestinienne.
Socrate, dit-on, fut le premier à faire redescendre sur terre la philosophie... C'est lui qui aurait été le fondateur de la philosophie politique... Il est à l'origine de toute la tradition du droit naturel. Par doctrine classique du droit naturel, on peut entendre la doctrine qui fut créée par Socrate et développée par Platon... Il faut la distinguer de la doctrine moderne du droit naturel qui apparut au cours du XVIIe siècle.(page 115)
Les "classiques" (Platon) cherchent le meilleur régime, ils opposent droit naturel et droit positif, ils opposent ce qui est conforme à la "nature" à ce qui n'est qu'humain, coutumier, et souvent contre nature.
Socrate va s'interroger sur l'essence des choses, l'essence des choses humaines, la ratio rerum humanorum. Qu'est-ce ? Qu'est-ce que ? Il cherche la nature, l'essence, l'idée, le "quid" d'une chose, son être et sa fin.
Sa méthode de travail est la fameuse dialectique : commencer par s'intéresser à ce qui est premier aux yeux, commençait par l'opinion, les opinions, pour s'élever plus haut.
Socrate... Il sous-entendait que la mise en doute universelle de toutes les opinions nous conduirait non pas au coeur de la vérité mais dans le vide. Philosopher c'est donc parvenir du monde de l'opinion à celui de la connaissance ou de la vérité, en s'aidant des opinions... Il appelait la philosophie une dialectique. La dialectique est l'art de converser ou de disputer amicalement. (p 118)
Evidemment, rien ne garantit que la philosophie dépassera jamais légitimement le stade de la disputatio... (p 119)
Néanmoins, voici ce que Strauss pense pouvoir tirer de la théorie classique qui est sa théorie de "référence".
Un être est bon, il est dans l'ordre s'il fait bien ce qu'il a à faire... Il faut savoir ce qui est dans la nature de l'homme (p 120)
Le propre de l'homme consiste à vivre intelligemment, à comprendre et à vivre intelligemment (p121)
La vie conforme à la nature humaine c'est celle qui vise l'excellence, non le plaisir pour le plaisir.
Ajoutons à cela que : L'homme est par nature un être social. Il est constitué de façon à ne pouvoir bien vivre qu'en société.. ; l'homme est encore plus social que les autres animaux sociaux : l'humanité est socialité. L'homme se réfère à autrui... Sa socialité ne procède manifestement pas d'un calcul de plaisir qu'il escompte de la fréquentation d'autrui... L'amour, l'affection, l'amitié, la pitié lui sont aussi naturels que le souci et le calcul de son propre bien. C'est sur la socialité naturelle de l'homme que repose le droit naturel au sens étroit de l'expression. Parce que l'homme est par nature social..., la justice et le droit sont naturels. (p 122 et 123)
Il n'existe aucun rapport humain où l'homme soit totalement libre d'agir à sa guise. Tous les hommes en sont à peu près conscients. (p 123). Certains peu ou très peu en vérité. Toute idéologie est un effort pour justifier devant soi-même ou devant autrui une ligne de conduite qui a besoin de l'être.
On sent le changement de ton qui nous permet de penser que Strauss ne parle pas que de Socrate mais de sa propre position sans doute.
La liberté de l'homme va de pair avec une terreur sacrée, avec un pressentiment que tout n'est pas permis. Nous pouvons appeler cette terreur sacrée la conscience naturelle de l'homme. (p 123)
Les cités ne croissent pas comme des plantes... Elles naissent d'activités humaines (p 125)
Il y a ceux qui qui ne font aucun effort sérieux et ceux qui ont répondu à "l'appel de la perfection". L'homme est ainsi fait qu'il ne peut atteindre à la perfection de son être qu'en maîtrisant ses bas instincts.
Dans ces conditions, Il est juste que Prospero commande à Caliban. (p 125)/ Voir Shakespeare.
Les occasions qui se présentent au juge et aux gouvernant d'agir avec justice sont plus importantes et plus hautes que celles qui s'offrent au commun des mortels... C'est donc quelque chose de plus solide que l'éclat de la fonction... qui pousse les hommes à rendre hommage à la granduer d'un homme d'Etat... La politique est le domaine oùl'excellence humaine peut se manifester dans sa plénitude. (p 216)
Ce qui distingue essentiellement la cité d'une bande de gangsters, c'est qu'elle ne se contente pas simplement d'organiser et d'exprimer l'égoïsme collectif. (p 127)
Dans le fil de cette conception, les classiques n'étaient pas égalitaires. Ils estimaient que les hommes ne sont pas tous également doués.
Les auteurs classiques estimaient parfaitement injuste de donner les mêmes droits à tous. Ils affirmaient que certains individus sont par nature supérieurs aux autres et doivent donc, de par le droit de nature, gouverner les autres. (p 127)
Pour atteindre à son plus haut accomplissement, l'homme doit vivre dans la meilleure des sociétés, celle qui conduit le plus sûrement à l'excellence humaine (p 128)
Pour être bonne, une société doit être civile ou politique, c'est à dire que le gouvernement des hommes doit avoir le pas sur l'administration des choses.
NB au passage : tous nous nous rappelons que pour Marx sur ce dernier point, ça doit être exactement le contraire.
Se pose donc après ça, pour Strauss, la question de la constitution, du régime le plus approprié.
Pour éviter les malentendus, il faut rappeler la solution que donnaient les classiques au problème du meilleur régime. Le meilleur régime est celui dans lequel les hommes les meilleurs, c'est à dire l'aristocratie, sont d'ordinaire au pouvoir. (p 131)
Il faut donc confier la gouverne de la société aux "gentilshommes" et à un niveau supérieur aux authentiques sages-philosophes.
En fait la sagesse est apparue aux classiques comme le meilleur titre selon la nature pour qui veut exercer le pouvoir. Or il serait absurde de restreindre le gouvernement de la sagesse par des règlements quelconques ; aussi le gouvernement des sages doit-il être un gouvernement absolu. Il serait également absurde que les bienfaits de la sagesse soient tenus en échec par les sots désirs des insensés [unwise] ; c'est pourquoi le gouvernement des sages ne doit pas être responsable devant ses sujets insensés. (p 132)
NB : Là évidemment, ça commence un peu à "accrocher". Strauss nous a certes indiqué en route que le régime idéal n'était pas forcément applicable dans une société qu'on sait forcément imparfaite, il nous a également expliqué qu'obtenir le consentement des gouvernés est tout de même une solution plus soft que celle qui procède par autorité.
Mais comme on dit quand même ça "accroche" un peu. Et Strauss consent cette question (plutôt amusante) : Peut-on déduire le droit naturel de la fin naturelle de l'homme ? Et peut-on la déduire de quoi que ce soit ? (p 135)
Néanmoins, Strauss reprend sa marche en avant. On sait que pour lui, du moins dans sa version socratique si elle bien la sienne, la question du droit naturel se confond, au problème de ce qui est conforme à la nature (son intentionnalité), à celui du meilleur régime, c'est à dire encore à la question de la justice.
D'ou cette presque chute chez lui :
Chacun selon sa capacité et à chacun selon son mérite. (p 138)
On s'étonne là un peu d'être allé chercher si loin pour le confirmer par d'ardents raisonnements et références ce qui figure pour moitié dans notre déclaration des droits de l'homme de 1789 (article premier) , tandis que la première moitié de la déclaration sur l'égalité des hommes seraient non moins magistralement invalidée par nos lointains et vénérables ancêtres. (rappelons pour la forme cet article premier : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.")
NB : Rappelons aussi, incidemment, que le principe rappelé utilement par Strauss n'est pas le principe marxiste (qui s'y oppose comme on sait et qui serait dans l'immédiat assez "duraille" à réaliser) : "A chacun selon ses besoins".
Mais ne coupons pas Strauss dans son élan, c'est après tout lui qu'on étudie et qu'on essaie de comprendre ici. Laissons-le apporter encore quelques précisions :
Une société est juste si son principe est "à chances égales".
La seule récompense convenable pour des services rendus est l'honneur (p 138)
Dans une société juste, la hiérarchie sociale correspondra strictement à la hiérarchie des mérites et des mérites seuls. (p 138)
On sent aussi qu'il va falloir dépasser, exprime Strauss, le principe de la "citoyenneté" au profit plus juste de l'état mondial, état écrit ici sans majuscule (pas Etat donc, attention aux interprétations hâtives). "L'état mondial" étant entendu comme une société humaine globale soumise à une seule loi humaine. On vous laisse le soin de voir ce point (Cf. p 139)
Pour finir quelques formules encore de Strauss :
L'homme qui n'est que juste ou moral sans être philosophe est comme un être mutilé. (p 140)
Quoi qu'il en soit, il est clair que la vie philosophique est tributaire de la cité... Tout cela oblige le philosophe à redescendre dans la "caverne", c'est à dire à se mêler aux affaires de la cité plus ou moins directement... Le philosophe sait d'avance que, pour être bonnes ou utiles à la cité, les exigences de la sagesse doivent être atténuées ou amendées... La cité demande que la sagesse soit réconciliée avec le consentement... La vie civile est en son essence un compromis entre la sagesse et la folie... Le droit naturel ferait l'effet d'une bombe incendiaire dans la société civile... Le bien politique est ce qui supprime beaucoup de maux sans choquer beaucoup de préjugés.
Pour les plus pressés d'entre nous, la lecture de ce chapitre IV de Strauss paraît provisoirement un incontournable indispensable.
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Leo Strauss, "Droit naturel et Histoire"/ A suivre
Leo Strauss, "Droit naturel et Histoire" (suite 4 : Un bouquin sans conclusion formelle/ ...et à suivre encore)
9. Désarmante "incongruité" d'un livre sans conclusion formelle
Oui, rien n'est plus désarmant que ce livre qui démarre par une superbe introduction -une citation tirée de la Déclaration d'Indépendance américaine : "Nous tenons pour évidentes en elles-mêmes ces vérités, que tous les hommes naissent égaux, qu'ils ont été investis par leur Créateur de certains Droits inaliénables parmi lesquels sont les droits à la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur". [(Cf. p 13],... et qui, après moults analyses et ardents raisonnements, s'achève sans bilan, sans conclusion explicite et formelle.
Ce livre qui démontre, croit-on avoir compris, la supériorité de la position antique (chap. IV) sur la position moderne, c'est à dire la supériorité d'une inégalité aristocratique pour le bien de la cité et l'honneur de l'esprit par rapport à une égalité moderne au ras des paquerettes, ce livre reste à la fin comme s'il avait un pied en l'air, il termine (chap. VI/b) impromptu sur un penseur "moderne" -qu'on n'attendait pas forcément et sans qu'on nous définisse vraiment pourquoi il débarque : ce débarqueur s'appelle Burke.
Burke (Edmund), 1729-1797, homme politique british, écrivain-philosophe, nettement conservateur, anti révolution française, célèbre en son temps.
http://odur.let.rug.nl/ usa/B/eburk...
http://www.bartleby.com/65/bu/Burke...
http://www.bbc.co.uk/history/histor...
Cette chute frustrante peut, en creusant, signifier hypothétiquement plusieurs choses :
Elle peut signifier que les choses sont assez claires comme ça, et que la bonne conclusion -qu'on connaît déjà- n'a pas besoin d'être répétée pour un bouquet final.
Elle peut signifier qu'avec Strauss il faut s'attendre en permanence, c'est une part de son mystère peut-être, à des manières d'écrire et de conduire sa pensée marquées d'une certaine imprévisiblité.
Signifier qu'aux USA, il est tout à fait normal de finir une démonstration en queue de doberman, ou de mettre la conclusion par commodité dans le premier quart d'un exposé.
Cela peut signifier qu'on s'est trompé, mais ça c'est -excusez l'impudence- tout à fait improbable.
Cela peut signifier enfin que Burke, ce "moderne" qui conclut ce livre sans conclusion, nous fournit (c'est Strauss qui fournit dans cette hypothèse), sans titre, une ultime conclusion. Mais bon !
Mais qu'est-ce qu'il dit, Burke, qui conclut dans les faits si ce n'est en droit ce bouquin sans conclusion formelle ?
Accordons à ce Burke, adversaire de notre chère Révolution, quelques minutes d'attention.
Burke se rangea aux côtés des "bons auteurs de l'antiquité" contre les "philosophes parisiens". (p 255)
Il a beaucoup écrit mais il n'écrivit pas un seul ouvrage théorique sur les principes de la politique.
Caractère pratique de sa pensée : Burke n'hésita pas à employer le langage du droit naturel moderne chaque fois que cela pouvait l'aider à persuader son auditoire moderne ... Il parlait de l'état de nature, des droits de la nature ou de ceux de l'homme, du pacte social ou du caractère artificiel de l'Etat. Mais on peut dire qu'il intégra ces notions dans un contexte classique et thomiste. (p 255)
Burke accordait volontiers que les hommes dans l'état de nature, "inconventionnés" (unconvenanted), ont des droits naturels... Mais l'état de nature est l'état de "notre nature nue et tremblante"... Tous les besoins de notre nature aspirent à la société civile... C'est la société civile qui est le véritable état de nature. (p 256)
Bon, bref, Burke admet que la société civile a à protéger les droits de l'homme et le droit au bonheur. Mais le bonheur ne peut être trouvé que par la vertu, par les freins aux passions. Donc, la soumission à la raison, au gouvernement, à la loi. (p 256)
Ajoutons : Le droit à satisfaire ses besoins n'est pas ... nécessairement un droit à participer au pouvoir politique ... Il n'y a pas nécessairement de rapport entre un bon gouvernement et un gouvernement du grand nombre ; les droits de l'homme convenablement entendus appellent la suprématie d'une "véritable aristocratie naturelle". (p 257)
La pratique. Le sens pratique : Après ces nombreuses pensées et raisonnements de Burke dont on sent le subtil -très subtil- progressisme conservateur, qu'est-ce qui en vérité retient notre attention dans ce passage de Strauss qui lui est consacré et qui pourrait nous occuper ? : l'opposition entre théorie et pratique, la perception fine du sens pratique nécessaire à tout instant à l'action politique.
Nous trouvons dans ce chapitre terminal toute une grande leçon sur l'art de la "conduite" politique. Est-elle là pour qu'on la prenne en compte au titre unique de Burke qui en est l'inventeur ? Est-elle là parce qu'elle serait à prendre dûment au titre de la doctrine straussienne qui se la serait appropriée aussi ? Difficile à dire ! A ce stade de notre recherche, la réponse paraît indécidable.
Voyons Burke, Burke à travers Strauss.
Burke affirme que la théorie est insuffisante à guider la pratique. (p 262)
La pratique et donc la sagesse pratique ou prudence se distingue de la théorie en premier lieu parce qu'elle se rapporte au particulier et au changeant alors que la théorie se rapporte à l'universel et au permanent. (p 263)
La liberté politique, par exemple, peut être une bénédiction ou une malédiction selon les circonstances.
Le souci de l'universel ou du général tend à créer une sorte d'aveuglement vis à vis du particulier et de l'unique.
Il s'ensuit que l'histoire n'a qu'une valeur très limitée... L'histoire est propre à détourner l'homme de "ce qu'il a à faire" pour de trompeuses analogies."
J'ai constamment observé, dit Burke, que la plupart des gens sont de cinquante ans au moins en retard en politique... Ce qui ne revient pas à nier pour cela que l'homme politique ait parfois besoin de l'histoire pour ce qu'il a a faire dan l'immédiat. (p 264)
Un autre moyen par lequel les hommes essaient... de prendre en main des situations difficiles est le légalisme. (p 265)
Dans les deux cas, la théorie s'attache en premier lieu au cas le plus simple. Le cas simple ne se rencontre jamais dans la pratique... La sagesse pratique par opposition à la théorie, requiert ... une habileté qui ne naît que d'une pratique longue et diverse. (p 265)
Les questions pratiques, par oppositions théoriques, "atteignet directement l'homme dans ses soucis et dans ses affections. (p 267)
Si la pratique n'a pas la liberté de la théorie, c'est également qu'elle ne peut attendre... Toute décision "théorique" est réversible. Les actions sont irréversibles... (p 267)
Au contraire de la théorie, la pratique est limitée par les décisions passées et, par conséquent par ce qui est établi. (p 267)
La pratique doit se tenir aussi près que possible des précédents, des exemples et des traditions... Tandis que le théoricien rejette l'erreur, le préjugé ou la superstition, l'homme d'Etat s'en sert. (p 268)
Et partis d'une "constitution" en quelque sorte, voilà que nous revenons aux problèmes de constitutions : Burke nie que les constitutions puissent être "faites", il prétend qu'elles doivent "croître" (p 270)
- Toutes les "républiques nouvellement imaginées et fabriquées" sont nécessairement mauvaises. La meilleure constitution n'est donc pas élaborée selon un plan régulier... (p 271)
Burke était convaincu que la Révolution française était entièrement mauvaise...
A qui s'adresse cette belle leçon de plasticité politique ? En tout état de cause, à l'emplacement où elle se situe, vous et moi ne pouvions pas la rater.
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Leo Strauss, "Droit naturel et Histoire"/ A suivre. Demain, suite 5 de DNH, "L'étrange monsieur Strauss".
1O. Le très étrange et déconcertant monsieur Strauss
Leo Strauss, ange ou démon ? Il est beaucoup trop tôt pour nous que nous prenions parti. C'est en philosophe que nous étudions pour le moment Leo Strauss philosophe. Etudier en philosophe un philosophe c'est obligatoirement, le temps de le pénêtrer et de le comprendre, faire ouah ouah ou miaou avec lui selon qu'il est ouah ouah ou miaou lui-même. Jusqu'à ce que l'on ait saisi, aurait dit Bergson, l'ultime étincelle centrale dont, après, tout s'entend et découle.
Dans l'enquête que nous menons, puisqu'il s'agit d'une enquête, il faut prendre le temps de l'instruction. Et il faut instruire à charge comme à décharge en même temps. Qui est exactement Leo Strauss ?
Peut-être peut-on se rappeler ce mot d'Edgar Faure du temps de la glasnot soviétique dans les années 80 : "Vous me demandez si Gorbatchev est communiste ou ne l'est plus ! Demandez-moi dans le même esprit si le pape est catholique : oui, il l'est.
Leo Strauss est-il un gentil ou un affreux jojo ? "Prodeo larvatus", dit au lecteur ce lecteur de Spinoza. Si caché soit-il, on peut déjà suspecter qu'il n'est pas crypto-communiste, de son démocratisme s'il en a seulement un nous ne pouvons encore rien exprimer sur pièces, en revanche son élito-aristocratisme nous paraît dès à présent bien avéré sans qu'on veuille encore lui donner un sens définitif.
Pas trop trop saisissable Strauss, assez anguille semblerait-il, incitant en tout cas, au stade où nous en sommes, à une prudence de méthode. Strauss, en ce sens, amusant ! Strauss semble à maints instants en effet nous faire de tout petits clins d'oeil contradictoires qui relativiseraient presque son propre discours si on se laissait aller. Mais là peut-être on rêve. Voyons :
D'abord toutefois, voyons la démonstration globale de Leo Strauss :
1. Sonnée à l'olifan dans les premières lignes de ce livre consacré au Droit naturel, une superbe citation américaine, tirée de la Déclaration d'indépendance. On l'a déjà donnée plus haut, on n'hésite pas à la rappeler car elle est très belle et que pour les choses belles "bis repetita placent" : "Nous tenons pour évidentes ces vérités, que tous les hommes naissent égaux, qu'ils ont été investis par leur Créateur de certains Droits inaliénables parmi lesquels sont les doits à la vie, la Liberté et la recherche du Bonheur." On se dit "bien ! on ne peut pas concrètement définir le droit naturel mieux que cela ! " Y aurait-il malgré tout problème ?
- 2. Apparemment oui, gros problème selon Strauss : Partout (mais surtout chez les Allemands, on est en 1953, il reste de très mauvais souvenirs), le Droit naturel est méprisé, rejeté, décrié. Ah zut alors ! Quels sont les abominables qui nous font ça ?
- 3. Ce sont les historicistes qui le font ignominieusement, et ça fait bien deux siècles qu'ils insistent dans le mal, au moyen de l'historicisme qui est leur arme de guerre et de malheur. Tous les historicismes. L'historicisme qui explique tout par l'histoire, y compris nos valeurs les plus hautes, l'historicisme relativise, l'historicisme insinue le doute, l'historicisme tue tout. Mort à l'historicisme ! Qui d'ailleurs se suicide intrinséquement puisqu'il est contradictoire en lui-même ("Mort" aussi aux sciences humaines modernes qui sont dans le même esprit).
- 4. C'est d'ailleurs le modernisme, avec son progressisme et son positivisme à petit prix qui est responsable de tout cet abominable gâchis.
5. Si les modernes sont si pernicieux, revenons donc à nos chers antiques qui n'avaient pas eu le temps d'être encore virussés et gangrenés. Dans les toujours biens portants, Socrate et Platon, accessoirement Aristote.
6. Or, le droit naturel, ce qu'il possède d'excellent chez les anciens, c'est qu'il n'est pas affaibli par des considérations secondaires minablement post-chrétiennes et misérablement libéralo-capitalo-hobbésiennes.
7. Conclusion, le droit naturel n'est pas du tout le schmilblick égalitariste et people que l'on croyait : le droit naturel des anciens est fondé sur le naturel, le vrai naturel, le bon, le sérieux, l'essentiel, l'inégalitaire mais juste et méritant : l'inégalitaire bon et de qualité qui reconnaît les aptitudes et les talents et confie le gouvernement (ou au moins un magistère de la gouverne) à ceux qui sont incontestablement au dessus du panier dans la pensée. C'est cela une bonne société crédible, susceptible d'assurer le bonheur pour tous, en même temps que l'honneur des meilleurs.
Immédiates observations après ça :
Etait-il utile que Leo Strauss fasse un si vaste détour pareillement érudit s'il s'agissait d'aboutir à ce lieu commun que les hommes dans les faits sont nettement inégaux. On le sait. C'est d'ailleurs en raison de cette inégalité de fait, que l'on pose une égalité de droit, et de dignité, pour corriger cette réalité.
Etait-il utile de découvrir que le monde devait supposément, rendre à chacun selon son mérite et son utilité collective ? C'est dans toutes les constitutions "libérales".
Curieux Strauss ! Comme on n'a certainement pas à expliquer certaines choses à Strauss qui les sait : la différence entre égalité de jure et inégalité de facto, ou l'aspect notoirement aristo et nettement déjà "dirigées et éclairées d'en haut" de nos démocraties actuelles. Mais alors qu'est-ce qu'il veut dire et montrer Leo ?
On ne sait ! Mais Leo Strauss -c'est à tort sans doute qu'on le dit bien sûr- Leo Strauss, semble de temps à autre ainsi que Pénélope vouloir défaire la nuit, en douce, le travail qu'il a précieusement tissé dans la journée.
- 1. Strauss : il y a sa moquerie des emberlificotages de Locke, qui lui reviendrait bien en feed back dans le visage.
La doctrine de la propriété chez Locke est directement intelligible aujourd'hui si on la considère comme la doctrine de l'esprit du capitalisme. (p 214) Depuis le XIXe siècle, les lecteurs de Locke ont trouvé difficile de comprendre qu'il utilisât "la phraséologie de la loi de la nature ou qu'il énonçât sa doctrine en termes de loi naturelle. (Nous aussi pour Strauss quand il parle du droit naturel.)
Les disciples de Locke, dans les générations postérieures, estimèrent ne plus avoir besoin de sa phraséologie de la loi de la nature. (Nous aussi pour Strauss et son droit naturel ).
-2. Une forme de doute aristotélicien encore sur le discriminateur straussien qui consiste à séparer comme radicalement constitutive pour le droit naturel la distinction entre nature et convention.
Ce qu'Aristote suggère, c'est que la forme la plus évoluée du droit naturel est celle qui a cours entre citoyens. (p 245)
Pour Averroès, Aristote entend par droit naturel "le droit naturel positif", ce qui revient à dire avec Marsile que le droit naturel n'est que quasi-naturel ; il repose en réalité sur les conventions ou sur les institutions humaines ; mais il est distinct du droit positif parce qu'il s'appuie sur des conventions admises par tout le monde. (p 246)
On aurait commencé par là, certes on eût pu avoir une autre conclusion et sans doute moins de pages.
- 3. Sans doute y aurait-il eu exprimé aussi si nous n'avions perdu la page que l'autorité des anciens même "démonstratifs" a quand même ses limites d'autorité.
Peut-être eût-il fallu voir également dans les complications et contradictions dénoncées chez Rousseau, un petit renvoi parfois à soi, qu'on verrait nous en tout cas si on se laissait aller.
Laissons, on ne peut voir tout, notamment dans ce qui est possiblement et ponctuellement subtil et discret sous la plume de Strauss.
Quoi qu'il en soit et quel que soit l'art de Strauss, tirer de "la nature" -telle que les anciens l'analysèrent- de quoi définir le "devoir-être", cela certes ne nous surprend pas théoriquement des anciens,
... sauf que le problème se pose bien sûr de savoir s'il est recevable toujours au jour d'aujourd'hui (du moins par tous) de tirer précisément ce qui doit être de ce qui est.
En vérité, nos préceptes moraux les plus élevés trouvent le plus souvent leur exigence dans une obligation (de nature ?) d'agir en quelque sorte contre nature.
Eût-on appelé d'un tout autre mot ces droits fondamentaux de l'individu, de l'homme, du citoyen qui constituent notre droit "naturel", les eût on appelé d'un mot autre que naturel, on se serait épargné de céder beaucoup aux mots.
Il n'en reste pas moins, dans le cadre de notre enquête, que Strauss doit être lu et qu'il le sera jusqu'au bout.
Ange ou démon, ce n'est pas à cet ouvrage que nous venons ensemble d'achever qu'il est possible de s'arrêter pour décider.
"L'aristocratisme" de Strauss fera sans doute le bonheur de bien des gens qui n'attendaient que ses démonstrations pour se convaincre d'une certitude supérieure qu'ils avaient d'eux-mêmes (non toujours sans vrai mérite, non toujours aussi sans comique) : Un ordre hiérarchique comme avec les ceintures et les "dan" dans le judo !.
L'heure n'est pas venue, disions-nous, de se prononcer. Nous ne pouvons pas non plus nous prononcer sur un "démocratisme" de Strauss que dont certains nous assurent mais qui n'apparaît pas spécifiquement dans l'ouvrage que nous venons d'examiner.
Assurément, Strauss est très étrange et déconcertant, le privilège de cette observation ne nous revient pas.
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Compléments de lecture :
Aux plus accros de l'enquête présentement engagée, nous proposons ci-après des compléments éventuels de lecture. Qu'il soit entendu que ces indications, de niveaux très divers, ne présupposent à cette heure aucun engagement partisan de notre part. C'est à l'usage et au jugement de chacun.
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Prochaine lecture de Strauss : Sur une nouvelle interprétation de la philosophie politique de Platon, Editions Allia. Petit livre, pas cher.
Quelques compléments de lecture :
Ordre de la nature, loi naturelle, droit naturel : présentation catho http://www.centredeformation.net/do...
Une petite présentation simple de "Droit naturel et Histoire" par Philagora http://www.philagora.net/grenier/le...
Une présentation "controverseuse" de Strauss : Conservative Mastermind by Robert Locke http://www.frontpagemag.com/Article...
Une défense globale de Strauss http://www.weeklystandard.com/Conte...
Enfin, sur le bien commun
http://perso.wanadoo.fr/claude.roch...
Lecture de Leo Strauss : "Sur une nouvelle interprétation de la philosophie politique de Platon", Editions Allia, 89 pages
1. Petite introduction
Le premier avantage de cet ouvrage (traduction d'Olivier Sedeyn) tient à sa briéveté, conjuguée à son petit prix et au fait qu'il a été édité en français en 2004, donc qu'en conséquence il est pour le moment très facile à trouver en librairie. Il paraît toutefois nécessaire de fournir d'entrée au lecteur aventureux deux ou trois mots d'introduction propédeutique, si on ne va pas le laisser s'exposer trop longtemps, de façon quasi-hébétée, à l'interrogation suivante : qu'est-ce diable que je lis là, si peu long que ce soit ? Pourquoi ? Où ça me mène ? Qu'est-ce que j'apprends exactement ?
Ce livre sur Platon est à en effet à première vue le passage à tabac méthodique d'un autre livre sur Platon, commis par un certain John Wild, dont au fond vous n'avez cure et nous non plus. Ce livre anti-Platon de Wild par Strauss, lui-même pro-Platon dans un autre genre, est-il au moins fructeux pour nous apprendre Platon dans ce qu'il dit et ce qu'il est ? Au sens positif où on entend ordinairement "apprendre", certainement pas ! Il faut voir les choses un peu autrement. Strauss nous parle de Platon, mais d'une façon différente de ce que l'on prévoyait : Strauss va plutôt nous faire savoir -en cognant sur Wild allègrement- ce que, d'après lui, Strauss, Platon n'est pas,... n'est en aucun cas.
Si l'on veut bien se souvenir que ce qui guide la raison d'être de ce livre c'est en principe une question générale qu'on peut condenser ainsi : Les anciens (et dans les anciens Platon tout particulièrement) auraient-ils autrefois mieux compris que nous ne le faisons aujourd'hui, nous les modernes, le sens des choses, le comment vivre dans une bonne société, avec un régime susceptible de donner le bonheur, et dans une perception plus adéquate de l'essence du politique,... si l'on veut bien se souvenir de cela, et que Platon serait le génie précisément "perdu" qu'il s'agirait de se remettre en tête pour y voir clair,... dans ce cas on peut aller à la présentation qui nous est donnée au dos du livre par l'éditeur :
"Platon a composé ses écrits de manière à empêcher pour toujours de les utiliser comme des textes faisant autorité. Ses dialogues ne nous donnent pas tant une réponse à l'énigme de l'être qu'une "imitation" extrêmemnt claire de cette énigme. Son enseignements ne peut jamais devenir l'objet d'un endoctrinement. En dernière analyse, il est impossible d'utiliser ses écrits pour une fin autre que la pratique de la philosophie. En particulier, aucun ordre social, et aucun parti passé, présent ou futur, ne peut légitement prétendre avoir Platon pour patron. Cela ne veut pas dire que l'interprétation de Platon soit essentiellemnt arbitraire. Cela signifie, au contraire, que les exigences d'exactitude qui gouvernent l'interprétation des livres de Platon sont beaucoup plus strictes que celles qui gouvernent l'interprétation de la plupart des livres."
C'est dire :
1. Que Platon est largement codé et, sur le fond, "très dissimulé" et incertain à notre esprit
2. Que les interprétations politiques ou idéologiques de Platon ne sont en tout cas pas recevables
3. Que la philosophie a des fins philosophiques, rien d'autre.
4. Et qu'on ne peut pas, malgré la difficulté et les incertitudes -volontaires- de sa pensée, dire pour autant n'importe quoi le concernant.
Cette présentation de l'éditeur est en fait constitué par un extrait tiré de Strauss, extrait que chacun pourra retrouver p. 58 soit à plus de la moitié du livre. C'est à partir d'ici que nous commençons à entrer dans la partie utile pour nous du livre, nous qui poursuivons, je le rappelle, notre enquête de savoir qui est Strauss : ange ou démon ? Pour être plus précis en vérité cette partie utile va de cette page 58 à la page 76. (Les plus pressés la réduiront encore aux pages 73 à 76).
2. La partie utile, le centre de l'ouvrage. Les apports sur Platon
2.1 Nous passerons sur l'assassinat par l'ironie, justifié à ce qu'on peut penser même si la méthode est "commode", de Wild par Leo Strauss. Pour aller au plus direct, qu'est-ce que Platon n'est pas ? :
Déjà on peut répondre avec Strauss que Platon n'est pas le Platon de Wild.
Certes, un bon point pour Wild, Platon n'est pas l'idéologue fasciste que certains ont voulu commodément y trouver au prétexte d'une stratification de la société en trois classes et d'une direction forte par le haut sous la lumière de l'esprit et des guides-philosophes.
Mais, nous dit Strauss contre Wild, Platon n'est en aucun cas un démocrate comme le prétend Wild. L'égalité est un concept étranger aux anciens.
"L'inégalité entre les hommes en ce qui concerne les dons intellectuels est politiquement décisive, c'est à dire que la démocratie est contraire au droit naturel" (p. 74). "Dans la cité parfaite de Platon seuls les philosophes, un groupe extrêmement restreint sinon réduit à un homme unique, ont le droit de gouverner, un droit absolument indépendant de tout consentement populaire, "a fortiori" de tout contrôle populaire ?"... "Le fait d'être membre des différentes classes est dit explicitement être, en général, héréditaire". (p. 75). Même sur la philosophie, Wild se plante : les hommes ne sont pas tous philosophes, et le règne des philosophes n'est pas le règne de la philosophie au sens où celle-ci serait accessible au vulgaire dans sa forme vulgarisée (cf. pp 75 et 76). Platon c'est véritablement un concept aristocratique de la philosophie et de l'ordre politique des choses.
Outre Wild en négatif, Platon n'est pas non plus le Platon des manuels scolaires, un Platon mis au carré et clair notamment sur les doctrines les plus connues et commentées du Platonisme : celle des "Idées" et celle du "Bien". (Cf. p. 17 et 58. "Qui peut dire qu'il comprend ce que Platon voulait dire par l'idée du bien" ... ).
Donc Platon n'est pas fasciste, il n'est pas démocrate, il est aristo à l'ancienne, et philosophe dans un esprit aristo, Platon n'est pas commode puisqu'on se trompe autant. Qu'ajouter encore dans l'esprit straussien ?
2.2 Platon caché
Que Platon, malgré l'abondance de tous ses écrits connus, que Platon, selon Leo Strauss, est un philosophe qui va caché, qui se dissimule scrupuleusement, qui a interdit à ses disciples la transmission écrite et orale de son enseignement ésotérique interne à l'Académie. Sans doute les écrits exotériques parlent-ils un peu, mais on ne dispose guère du mode d'emploi. La manière en dit peut-être d'ailleurs plus que le fond souvent, et sans doute faut-il être très attentif au jeu des personnages dans les dialogues, et bien d'autres choses encore...
Nota bene : Il n'est peut-être pas futile de noter que le petit opuscule que nous abordons a d'abord figuré, dans les premières publications, en appendice de La persécution et l'art d'écrire.
Les célèbres "mythes" même, dans Platon, selon Strauss, seraient à prendre d'une manière différente sans doute de ce que l'on a pu faire jusqu'à lors, en tout cas avec beaucoup de prudence et de grande attention. Ce sont plus que de simples fables ce sont des "imitations", des représentations (aurions-nous ici le droit de dire des "icones" ?). Tout y est détails de la plus extrême importance. Il y a une manière de les traduire par un regard d'exactitude : Ainsi pour Strauss, "La caverne" est-elle exactement la "cité" et le philosophe qui doit y redescendre après s'être armé au-dehors de la contemplation et de la possession du Bien, le philosophe a peu de choix si ne n'est de dissimuler son savoir, lequel porte semble-t-il, selon Strauss, sur une vérité difficile concernant précisément les "artefacts", les constructions humaines.
La philosophie suppose le sérieux, et "pour comprendre la philosophie classique il faut s'y intéresser avec sérieux, il faut la prendre aussi sérieusement que possible" (p.16). Aussitôt dit, quelque pages plus avant dans le livre, vient à son tour cette étrange formule : "Aucun écrit composé par un homme sérieux ne peut être tout à fait sérieux." (p. 54)
Drôle de pipeau le Platon de Strauss ! drôle de pipeau Strauss lui-même ! Qui s'appuie longuement pour finir sa démonstration sur la "7ème lettre", donnée par presque tous les spécialistes comme apocryphe.
3. Mini-conclusion d'Ocséna : Strauss caché ?
Non, nous n'allons encore pas pouvoir conclure ici. La question qui est la nôtre dans ce niveau de notre enquête est bien sûr la suivante : Lorsque Strauss nous parle où se trouve Strauss où se trouve Platon ? Quand Strauss nous parle de Platon et de ses savantes dissimulations de pensée et travestissements, Strauss est-il aussi Platon.
Et puis, bon sang, ! pourquoi dissimuler ! ? Que faire de ce propos en substance mis par Strauss dans la bouche de Platon : parce que le peuple ne comprendrait pas la vérité dans sa simplicité, il la jugerait "ridicule". (p. 57)
Alain Serge Clary
Lecture de Leo Strauss, "Nihilisme et politique" (1. ... et à suivre) (Edition de référence : Rivages poche/Petite bibliothèque, traduction Olivier Seyden,)
1° Rapide introduction générale
Comme l'indique l'éditeur, ce petit livre est composé de trois essais (trois conférences données par Strauss aux Etats-Unis) : "Sur le nihilisme allemand", 1941, "La crise de notre temps, 1962, et "La crise de la philosophie politique", 1962.
L'éditeur ne fournit en réalité qu'une très courte présentation du seul premier texte, sur le nihilisme.
"Leo Strauss se penche sur la signification du nihilisme allemand, qu'il considère comme la base du national-socialisme. C'est la seule fois où il parle du nazisme, lui qui en a connu les premiers signes en tant qu'Allemand et en tant que juif. Son analyse est simple et lumineuse. Il démontre que loin d'être un phénomène lié à la folie d'un chef capable de sidérer un peuple entier, le nazisme est enraciné dans l'histoire de l'Allemagne moderne et dans l'histoire de la modernité..."
Commencer par le texte sur le nihilisme, quel que soit son intérêt propre, ne nous paraît pas forcément, dans le cadre de notre recherche, momentanément le plus pressant : ce concept, ce thème du nihilisme est somme toute peu familier à des Français. Il doit, dans la littérature philosophique allemande, énormément à Nietzsche, auquel il sert d'anathème pour désigner tout ce qui s'oppose en gros tantôt à la "Vie", tantôt à la "Culture" avec un grand C (Entre dans le nihilisme, tout ce qui est petit-petit, exigu, pusillanisme, valeur d'esclave, esprit petit-fonctionnaire, et même esprit "chef de rayon au département de la culture", etc.).
L'autre argument qui plaide selon nous pour qu'on diffère un peu l'approche de ce premier thème (qui porte principalement, rappelons-le, sur le nazisme), c'est que, de texte en texte, en trois niveaux, Strauss nous semble marquer une gradation, une marche dialectique ascendante dans le pouvoir explicatif de sa ou ses démonstrations. Dans la présente petite présentation "pour lecture" que nous donnons, nous pensons pouvoir utiliser Strauss en dialectique descendante (au diable, la modestie des mots !), pouvoir aller de l'englobant à l'englobé, bref pouvoir aller de la fin au début, des conclusions aux liminaires.
Qu'aurait donc le chapitre 3 qui nous le ferait mettre dans notre "exposé" avant le 2, le 2 venant lui-même avant le 1 ? (vous, bien sûr, vous reprendrez au premier mot du livre en procédant de droite à gauche normalement.
2. Recouvrer avec Strauss, et les anciens, la "juste" compréhension des choses
2.1 C'est notre mode moderne de "regarder" et d'exister qui est biaisé : la bonne perception "
Chap 3 : "La crise de la philosophie politique"
Le discours straussien sur les modernes et les anciens
D'abord comment prendrait-on au sérieux la philosophie politique d'aujourd'hui, quand quelqu'un peut très bien exprimer parlant de la philosophie, "que sa philosophie consiste à prendre deux oeufs durs au petit déjeuner." (p. 120)
"Qu'est-il arrivé à la philosophie et en particulier à la philosophie politique ?"
Les deux virus qui l'accablent selon Strauss sont déjà connus de nous, ce sont comme il les appelle, le "positivisme" et "l'historicisme" (entendez largement et plus simplement la science et la "mystique" -le mot est de nous- du progrès). La science s'est auto-établie comme la connaissance vraie, elle juge des faits et écarte toute référence aux valeurs supposément subjectives qu'elle place hors science, comment pourrait-elle faire un quelconque ménage "avec la philosophie politique entendue comme la tentative de découvrir et de dévoiler les fins véritables de l'homme en tant qu'homme".
La science, l'histoire, le progrès reposent sur une décision collective tacite prise à l'aube des temps modernes : "se rendre maître et possesseur de la nature, la dominer". On a d'une certaine façon perdu quelque chose de l'homme en route ; quelque chose de très important qu'on ne voit plus. C'est là tout le sens à donner au retour aux anciens, il s'agit de revenir à un regard vrai, celui d'avant que la fracture ne se soit produite.
Le discours straussien sur la démocratie
Vous retrouverez dans ce chap 3, la plupart des thèmes antérieurement rencontrés en lisant Strauss. Ici c'est Aristote qui sera sollicité plutôt que Platon, mais curieusement ça revient en gros au même.
Ces thèmes sont :
La démocratie, gouvernement de tous, mais dans les faits gouvernement d'un groupe minoritaire
Le principe de la démocratie représentative s'imposant sur la démocratie directe
L'inégalité naturelle entre les hommes, base de gouvernement
Le bonheur comme fin de la cité
L'excellence.
Le régime
On ne spéculera pas trop pour déterminer si Aristote était un démocrate ou pas. Apparemment ça fait difficulté. "L'opinion non démocratique ou antidémocratique d'Aristote a apparemment encore un autre fondement. C'est sa supposition, qu'il pensait être un fait, que les hommes sont par nature inégaux à certains points de vue importants en politique. Qu'ils soient inégaux en beauté n'importe guère, car ils n'élisent pas habituellement leurs magistrats parce qu'ils sont particulièrement beaux. Mais qu'il existe une inégalité du point de vue de la compréhension." (p. 127)
"Bien sûr, (ici Strauss parle plutôt en son nom, pas sur Aristote) cette inégalité naturelle est reconnue par la démocratie moderne (...). En d'autres termes, la démocratie moderne est une démocratie représentative, c'est à dire une démocratie qui élit les gens qu'elle croit au-dessus de la moyenne. La démocratie en tant que démocratie représentative est opposé à la démocratie directe." (p. 128)
Strauss parlant pour Aristote : "La fin de la "polis" est le bonheur. Toutes les associations visent un but particulier. La société politique est la seule association qui soit orientée vers le bien humain total." (p.131).
Finalement, plus loin, on arrive à l'excellence : "Aristote pense à la fin la plus élevée à laquelle une cité pourrait se consacrer, à savoir l'excellence humaine." (p.146)
Bien entendu, Strauss expose sobrement, face à cela, ce qui serait aussi le point de vue du droit naturel moderne, celui des droits, des droits de l'homme. De ce point de vue, ce sont les conditions du bonheur qui sont premières, le droit à la vie précède forcément et logiquement le droit au bonheur dans ce qu'on peut attendre de la société. Nous y reviendrons sans doute ultérieurement.
Le discours strausso-aristotélicien sur la forme, l'eidos, l'idée, l'essence, l'esprit, la finalité qui anime, le projet
Sa grande trouvaille, Strauss la trouve chez Aristote dans la compréhension de la notion de régime. L'important d'un régime réside dans l'idée, la "forme", l'eidos, l'esprit, le projet, le ton, qui l'anime nécessairement quel qu'il soit.
"Le régime donne sa forme à la cité". (p.140). "La forme est directement liée à la fin". (p. 141).
"Chaque société se caractérise par le fait qu'elle révère quelque chose.... Chaque être humain est ce qu'il est parce qu'il révère quelque chose"... Si nous jetons un regard tout simple sur la démocratie, elle révère l'égalité, et c'est cela qui lui donne son caractère." (p. 141).
"En d'autres termes, chaque société politique tire son caractère d'une moralité publique ou politique spécifique..." "Elle tire son caractère de ce que la partie prépondérante de la société, qui n'est pas nécessairement la majorité, considère comme juste." (p.148)
D'un point de vue aristotélicien, il y a bien entendu un problème d'harmonie obligée "entre ce que révère une société et la partie prépondérante de la société ... qui donne le ton, c'est à dire le régime". (p. 142). En conséquence, selon Aristote, et selon Strauss assurément aussi, un changement de régime transforme en quelque sorte une société en une autre (Cf. p. 143).
Ces propos sur la "forme" (serait-on autorisé par Strauss à dire l'esprit ?) de la société semblent aller de soi, ils nous paraissent en vérité cruciaux pour la bonne compréhension du présent opuscule et en constituer tout simplement le césame intellectuel.
(A suivre)
Petit erratum 3 ou 4 lignes plus haut. Tout le monde par chance aura lu "sésame".
D'une manière générale, on voudra bien nous excuser pour diverses coquilles orthographiques qui viennent comme ça, à chaud.
Lecture de Leo Strauss, "Nihilisme et politique" (2. ... et à suivre)
2.2 - Chap 2 : "La crise de notre temps" (texte de Strauss). Qui deviendra dans notre texte d'exposé : Le projet (l'esprit, eidos, forme) de l'Occident
Mouvement :
1° Les grandes lignes du projet
2° Ses dévoiements
3° Le traitement straussien
2.2.1 Le projet occidental
Un projet au départ apparemment clair, mais avec quelques vices de process et qui va de toute façon se perdre passablement en route.
S'il y a crise de notre temps, c'est qu'il y a doute sur le projet moderne. "Ce projet moderne a réussi dans une mesure considérable. Il a engendré une nouvelle espèce de société, une espèce de société qui n'avait jamais existé auparavant mais.... (p. 82) Car bien sûr, on sait qu'il y a pour Strauss un mais.
"L'Occident a perdu confiance en son dessein...
Ce dessein était la société universelle, une société constituée de nations égales, chacune constituée d'hommes et de femmes libres et égaux. (p. 84). Le tout tournant autour d'une conception de la science essentiellement entendue comme puissance de production, "au service de la puissance humaine, de l'amélioration de la condition de l'homme"... Visant en deux mots à l'abondance universelle. Laquelle "abondance universelle conduira à la société universelle et parfaitement juste, en tant que société parfaitement heureuse. (p. 84)
Idée corrélative du dessein occidental moderne : L'idée à la Spengler d'une culture planétaire, la "nôtre", haut-dessus, englobant toute les cultures particulières, sorte de couronnement de l'histoire. Société universelle, Etat universel, "le but semblait être le mouvement de la grande majorité des hommes en faveur de la grande majorité des hommes". (p. 91). Bref, le dessein de l'Occident avait un motto absolu : le progrès.
2.2.2 Les difficultés et dévoiements du projet
cités : la bombe atomique, le communisme, "l'égalitarisme permissif", l'appauvrissement de l'ambition culturelle, l'Orient (p. 88) Nous sommes en 1962, pas d'anachronismes donc quand on parle de l'Orient par ex, revoir le contexte donc, en tout cas l'avoir à l'esprit.
Sur l'Orient : "Aujourd'hui, bien loin de gouverner le monde tout entier, la survie de l'Occident est menacée par l'Orient". (p. 88). Concédons ici que nous ne connaissons pas le sens exact de ce propos.
Sur le communisme, il y a l'idée d'une dessein quasi commun, mais avec gap sur l'absolutisme des moyens employables. Le communisme est un quasi jumeau, un peu hétéro-zigote. Pendant un certain temps, le communisme parut simplement à bien des Occidentaux (...) comme un mouvement parallèle au mouvement occidental ; pour ainsi dire comme un jumeau un peu impatient, sauvage, rebelle mais qui devait inévitablement mûrir un jour et devenir patient et doux."...
Mais (...) le communisme ne répondit aux saluts fraternels que par le mépris, ou tout au plus par des signes d'amitié manifestement simulés." (p. 92)
Sur l'égalitarisme permissif et l'appauvrissement de l'ambition culturelle : déclin là de la démocratie libérale. Obligation de transparence des dirigeants, peu de contraintes pour les citoyens. Si on revient au culturel, une sorte de relachement tant sous une influence interne que sous l'influence de l'anthropologie : "En vertu d'un changement qui a eu lieu au XIXe siécle, il devient possible de parler de culture au pluriel ("les" cultures).
"Et vous pouvez dire, selon cette notion récente de culture, qu'il n'y a pas un seul être humain qui ne soit cultivé puisque chacun appartient à une culture." (p.100)
Et même ce très beau "zaz" de Strauss : "Selon l'opinion qui prévaut aujourd'hui dans les sciences sociales, chaque être humain qui n'est pas interné dans un asile de fous est un être humain cultivé... Nous trouvons intéressante la question de savoir si les pensionnaires d'un asile de fous n'ont pas eux aussi une culture propre."
2.2.3 Solutions, traitement straussien
Dans ces conditions, si l'on parlait trivial ici, le problème avec Strauss devient de se demander si la science moderne ne "débloque" pas complètement en vérité. Si elle n'a pas pris un mauvais biais viciant -en concurrence ou coopération avec d'autres menaces- l'ensemble du projet occidental, la science et la philosophie politiques modernes sur lesquels elles reposent.
C'est sans doute, le sens straussien du retour aux anciens. Quelque chose est désormais radicalement à changer dans notre approche sur les choses, la science moderne est incapable de traiter les questions de valeurs et de choix selon les valeurs, elle perd même le simple bon sens qui a autrefois prédéterminé les bases de sa science. Le tournant ou "le drame" coîncide avec la séparation de la science et de la philosophie qui étaient autrefois chez les anciens une seule et même chose.
"La science, coupée de la philosophie, ne peut enseigner la sagesse.", c'est le problème notamment des sciences sociales. (p. 103)
Strauss encore : Tel est le noyau de la science moderne, de la science sociale moderne telle qu'elle s'est finalement développée dans les deux dernières générations : la distinction entre les faits et les valeurs, accompagnée de la compréhension qu'il est impossible de distinguer rationellement entre les bonnes et les mauvaises ." N'importe quel fin devient dès lors aussi défendable qu'une autre. (p. 104).
Bon sens basique, préscientifique : "Le citoyen ne fait la distinction entre faits et valeurs. Il est aussi sûr qu'il peut raisonnablement distinguer entre le bien et le mal, entre le juste et l'injute, qu'il peut distinguer entre le vrai et le faux."
le retour aux anciens que prone Strauss prend un sens plus "subtil", semble-t-il, qu'on ne dit ordinairement. Il n'est pas (ne serait pas) l'adoption pure et simple des recettes antiques : nous sommes les seuls à pouvoir résoudre aujourd'hui nos problèmes spécifiques. Mais le retour aux anciens serait une sorte de démarche critique sur soi, épistémologique (même s'il n'emploie pas lui-même le mot), nous permettant de rebondir correctement.
"Nous seuls qui vivons aujourd'hui pouvons trouver une solution aux problèmes d'aujourd'hui. Une compréhension adéquate des principes, tels qu'ils ont été élaborés par les classiques, peut être le point de départ indispensable indispensable d'une analyse adéquate, qu'il nous faudra accomplir nous-mêmes, de la société d'aujourd'hui dans son caractère particulier, et d'une application sage, qu'il nous faudra accomplir nous-mêmes, de ces principes à nos tâches." (p.115)
En vérité, cette modération nous laisse en même temps un peu sur notre faim.
Les concepts de démocratie, projet occidental, forme-eidos que nous avons rencontrés, joints à celui de particulier versus universel qui se comprnd à peu près de lui-même, devraient à présent nous permettre de passer au chap 1 en marche-arrière. Celui qui porte sur l'analyse straussienne du nazisme.
ASC
(A suivre)
Pour des raisons techniques, car on commence ici à saturer sérieusement , nous vous proposons de poursuivre lecture et rédaction des commentaires sur la page suivante :
Faute plusieurs fois répétée, qui n'a pour circonstance atténuante que le travail de nuit peu favorable à l'orthographe en général et encore moins à l'orthographe des noms propres, on voudra bien écrire correctement Olivier Sedeyn.
Olivier Sedeyn est le traducteur bien connu de Strauss.
Les plus attentifs parmi nous auront tout de suite rectifié.
Toutes nos excuses à M. Sedeyn.
"Nihilisme et politique
"La Persécution et l'art d'écrire"
"De la Tyrannie"
"Qu'est-ce que la philosophie"
etc.
N°60 http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
En cette veille d'élection présidentielle américaine, qui donc, parmi vous, chers amis, a donc lu le bouquin de Alain Frachon et Daniel Vernet, "L'Amérique messianique, les guerres des néoconservateurs" (Seuil), plus précisément les pages qui y sont -paraît-il- consacrées à Leo Strauss ? Qui sobrement pourrait nous en dire deux mots ?
Tout ce qu'on peut se dire en ce lendemain d'élection présidentielle américaine et de succès conservateur, qu'on en soit personnellement satisfait ou pas du tout, c'est que la question de l''influence de Leo Strauss se pose aujourd'hui avec plus d'acuité que jamais. Leo Strauss (ange ? démon ?) a-t--il quelque chose à voir avec tout ça, ou pas du tout en aucun cas ?
Nous continuons en tout cas pas à pas notre recherche.
Ocséna
Avertissement. Lectures straussiennes : vers une nouvelle stratégie
Ainsi que le savent ceux qui suivent cette rubrique des notes de lecture de l'Ocséna, Leo Strauss est depuis quelques années au centre d'un sevère débat, que nous avons ré-ouvert aussi entre nous. Qui est Leo Strauss ? Un « simple » philosophe, mort en 1972, purement philosophe, un peu conservateur ? Ou est-il l'inspirateur en sous-main des faucons de la politique américaine actuelle ?
Nous avons engagé une série de lectures afin d'aborder son oeuvre de première main et sans trop d'a priori, nous avons relativement avancé. La lecture d'un philosophe n'est bien sûr jamais achevée.
Nous allons la poursuivre, mais il nous semble permis à présent, au stade où nous en sommes venus, d'ouvrir d'autres lectures SUR Strauss, soit directement POUR soit directement CONTRE, autrement dit nous allons entrer pour de bon dans la polémique qui nous préoccupe.
1°/ Ceci est le premier point dans notre stratégie du moment : Elargir les approches de Strauss. Entrer dans les versions contradictoires.
2°/ Deuxième point. Nos articles sur Strauss étant désormais publié de manière spécifique sur le site d'Ocséna (et plus seulement en commentaires), ainsi que vous l'aurez noté, il paraît inutile de les faire, sauf exception et de manière partielle, figurer encore dans notre Journal "BEST REGARDS" au titre du journal, et vous saurez les retrouver sur le site si vous y portez de l'intérêt.
OCSENA
A l'adresse de tous ceux qui ont par leurs suggestions ou contributions aimablement participé au débat :
Ocséna signale qu'un certain nombre de notes de lecture ici postées sont par commodité disponibles aussi sur ce site en présentation séparée.
Suivront très prochainement des lectures de ses opposants et de ses partisans nettement positionnées pour ou contre, et des fiches thématiques de débat.
Leo Strauss (01) Ouverture d'un débat Leo Strauss
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (02) Ouverture d'un débat Leo Strauss (rappel)
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (05) (Sur) Lecture de Daniel Tanguay, "Leo Strauss - Une biographie intellectuelle"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (06) Lecture de Droit naturel et Histoire
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (07)" Lecture de De la Tyrannie"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (08) Lecture de "Sur une nouvelle interprétation de la philosophie de Platon"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (09) Lecture de "Nihilisme et Politique"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (10) Lecture de "La Persécution et l'art d'écrire"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (11) Lecture de "Qu'est-ce que la philosophie politique ?"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
Leo Strauss (12) Lecture de "Le Libéralisme antique et moderne"
http://ocsena.ouvaton.org/article.p...
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Ocsena, Organisation contre le système-ENA... (et pour la démocratie avancée)
Subject : Libération "La Banque mondiale dans la gueule du loup" - http://www.liberation.fr/page.php ?A...
Bien que nous n'ayons pas encore véritablement abordé l'étude des rapports (soit de filiation naturelle soit de captation illégitime) entre les neoconservateurs américains et Leo Strauss, il nous paraît intéressant de signaler ici, pendant qu'il est encore accessible, l'article précité paru dans Libération, jeudi 24 mars 2005, rubrique Grand angle, sous la plume de Pascal Riché.
Cet article porte sur Paul Wolfowitz, proposé par Bush pour diriger la Banque mondiale, candidature dont on ne peut dire qu'elle soit parfaitement bien reçue par les pays européens.
Paul Wolfowitz, numéro 2 du Pentagone, passe pour chef de file des neoconservateurs américains, pour théoricien écouté de la guerre préventive et de l'unilatéralisme, et pour "l'architecte" de l'invasion de l'Irak.
St Martin's, New York, 1999, 239 pages
Ainsi que l'exprimions supra dans une précédente note de lecture, chers amis, forts de ce que nous avons pu déjà lire de Strauss en première main (et bien qu'il y ait encore tant à faire), nous allons à présent nous engager dans une stratégie nouvelle en quelque sorte. Nous allons aborder des lectures sur et contre Strauss, c'est à dire pour l'essentiel se positionnant à charge.
Strauss a pris selon toute évidence de facto une place considérable dans la pensée néoconservatrice américaine, comment, en quoi, pourquoi ? Quelle est sa part éventuelle de responsabilité dans ce phénomène ?
Notre prochaine lecture va donc être "bien sûr", comme un passage obligé, l'ouvrage de Shadia B. Drury : "Leo Strauss and the American Right".
Ce livre de 1999 n'existe pas ou du moins n'est pas trouvable en version française. Nous vous en proposons donc la lecture en anglais. Vous pourrez, si vous le souhaitez, vous le procurer aisément auprès d'une des deux grandes librairies en ligne francaises.
Subject : Le stratège et le philosophe http://www.franceradicale.org/bushs...
En propédeutique, si l'on peut dire, à notre lecture commune du livre précité de Shadia D. Drury sur Leo Strauss, on pourra sans doute utilement relire l'article publié par Alain Frachon et Daniel Vernet dans le Monde du 15.04.03.
Cet article donne un aperçu en forme de table d'orientation du problème qui nous préoccupe. Prudent, il ne résout volontairement pas de manière définitive et exhaustive le "mystère" du succès "néoconservatif " de Leo Strauss.
NB : l'article fait 9 pages.
Une parution en français sur l'oeuvre de Leo Strauss, dont nous n'avons pas encore eu le temps de prendre connaissance.
Nous devons la chose à Corine Pelluchon.
LEO STRAUSS UNE AUTRE RAISON D'AUTRES LUMIÈRES Essai sur la crise de la rationalité contemporaine de Corine Pelluchon. Vrin, 314 p., 30 €.
Voici le lien à l'article du Monde pendant qu'il est encore actif
Subject : Le Monde.fr Les maux du libéralisme
http://www.lemonde.fr/web/article/0...
D'aucuns auront noté comme une "latence" à la fin de la précédente année universitaire 2004-2005 dans notre réflexion et/ou notre production sur l'oeuvre de Strauss. La restitution en particulier d'une lecture que nous avions annoncée, "Leo Strauss and the American Right" de Shadia B. Drury, semble avoir anormalement tardé. Est-il une excuse valable de dire avoir été ""distrait" (au sens fort), comme tous, en avril, mai et juin par divers événement français (TCE, candidature "JO", etc] ?
Mais non, la lecture, pour ce qui la concerne, n'a pris aucun retard, nous faisons amende honorable et promettons de "poster" le plus rapidement possible dans la semaine même divers éléments d'analyse déjà rédigés susceptibles d'appuyer quelque peu votre naturelle sagacité.
Subject : Leo Strauss (13) (sur et contre). Lecture de Leo Strauss and the American Right, par Shadia B. Drury
que de complications !
leo Stauss est l'anti-kelsen.
Il y a des droits attachés à la personne humaine contre kelsen pour qui la justice surgît de la culture
la civilisation juive - chrétienne dit cela ( très mal)
les etats-unis sont issus de ce mouvement millénaire, les valeurs américaines en font foi
de là, collage
oubli de kelsen, valorisation de léo_strauss , l'amérique porteuses des valeurs universelles
=> légitimité de l'agression, là est le lien , c'est évident